Le quotidien d'un directeur d'école

L'école vue de l'intérieur :les réflexions, au jour le jour, d'un directeur comme les autres dans une école comme les autres.

vendredi 3 mars 2006

Ethique et responsabilité

     Encore trois élèves de trois classes différentes dans le couloir en cet après-midi. Exclus temporairement de la classe. Les portes sont fermées et les élèves livrés à eux-mêmes. Je vous laisse imaginer ce qui peut se passer.

Et pourtant, des consignes strictes ont été données depuis le début de l’année. De nombreux rappels ont été faits verbalement. Sur les trois enseignants concernés, deux sont un peu excusables : erreur de débutant. L’un est parmi nous depuis fin octobre et n’a pas eu de formation : les fameux « Liste Complémentaire » ; l’autre est un débutant tout frais sorti de l’IUFM. C’est sa première année entière sur le terrain et les tâches à appréhender sont multiples. Ils n’ont pas encore vraiment mesuré les risques potentiels. La troisième est une vétérante : plus de trente-cinq années d’expérience…

     Habituellement, je frappe à la porte et demande à l’enseignant de faire rentrer l’élève ou de laisser la porte ouverte s’il peut assurer qu’il gardera un œil sur lui. Mais ce système ne doit pas être bien efficace puisque cette situation se reproduit régulièrement. De plus il peut mettre l’enseignant en porte-à-faux devant ses élèves, ce qui n’est vraiment pas le but.

     J’ai donc adopté une autre façon de faire en prenant appui sur l’adage : « Les paroles s’envolent, les écrits restent » Un petit mot sous pli fermé que leur fait parvenir la femme de service qui passe le cahier de liaison.

     Sur les trois écrits : une réponse. De l’enseignante expérimentée qui ne voit vraiment pas comment elle peut attendre qu’un élève récalcitrant veuille bien rentrer en classe et qui décide donc de commencer son cours en fermant la porte sans se soucier de ce qui pourrait arriver !

     Une sacrée pendule à remettre à l’heure. D’autant plus que j’ai déjà eu cette discussion avec elle, lui proposant en cas de soucis avec un élève soit de me l’envoyer ou de m’envoyer un commissionnaire pour me prévenir de venir le chercher, soit de le confier à un de ses collègues.

Cette histoire pose également le problème de la parole du directeur. N’étant pas des supérieurs hiérarchiques, dans ce genre de situation, il nous manque une carte dans notre jeu. Reste le dialogue et la persuasion. C’est peut-être mieux si on y arrive avant l’accident…

Posté par danledir à 07:58 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Je sais que le problème n'est pas simple, mais j'ai l'impression qu'il y a un manque dans la préparation au métier d'enseignant.
    Pour enseigner, il faut:

    - Maîtriser la matière qu'on enseigne. Au moins en savoir plus que ce que les élèves sont censés savoir à l'issue du cours. Je crois que l'IUFM assure ce point. Trop, peut-être.

    - Savoir faire acquerrir des connaissances. C'est une science qui s'appelle la pédagogie. L'IUFM enseigne cette science. Mais cet enseignement est-il suffisamment pratique? N'est-il pas trop théorique?

    La formation à l'IUFM s'arrête-t-elle là? Hélas, je le crains. Parce que le métier d'enseignant ce n'est pas que cela. C'est aussi:

    - Etre capable de construire et de maintenir un environnement favorable à l'acquisition des connaissances. Le facho réactionnaire ringuard que je suis appelle ça la discipline. Les temps changent. A une époque, le simple fait de "savoir" donnait une autorité. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. L'autorité, on l'a ou on ne l'a pas, certes, mais ça s'apprend aussi. Donc: problème de recrutement? de formation? Les deux peut-être.

    - Etre responsable. Face à un échec scolaire, y'a-t-il un enseignants pour se dire: "s'il n'a pas compris, c'est peut-être que j'ai mal expliqué"? J'ai trop souvent entendu "on a beau hurler...". Le hurlement est un défouloir pour l'enseignant, pas un outil pédagogique. En plus, quand il devient un bruit de fond...

    - Respecter pour être respecté. J'ai toujours été étonné du mépris de certains profs pour leurs élèves lorsqu'ils parlent de leurs "merdeux".

    L'indépendance du prof dans sa classe, c'est bien, c'est valorisant et confortable. A condition d'être capable d'assumer cette indépendance. Mettre un élève à la porte, c'est se débarrasser d'un problème, pas le résoudre. C'est la solution de facilité. C'est un échec pour l'enseignant.

    Je suis conscient que tout ça est facile à dire assis bien confortablement dans son fauteuil, mais il m'est arrivé de travailler avec les hautes instances pédagogiques de l'E.N. Je n'y ai entendu que de grands mots servant à cacher des banalités. De beaux emballages avec rien dedans.

    Excusez-moi si j'ai été un peu long.

    Posté par persee, vendredi 3 mars 2006 à 09:07
  • bonne fin de journée et de semaine quand même. Je termine mes vacances parisiennes aujourd'hui et retrouve mes petits anges lundi. J'aurai du profiter de mon séjour pour venir voir ton école..ça m'intéresse vraiment.
    Alors peut-être au prochaînes vacances
    Continue d'écrire
    Evelyne

    Posté par evelyne, vendredi 3 mars 2006 à 13:36

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