Le quotidien d'un directeur d'école

L'école vue de l'intérieur :les réflexions, au jour le jour, d'un directeur comme les autres dans une école comme les autres.

lundi 16 octobre 2006

Récidive

Il faut parfois beaucoup de sang froid et de retenue pour ne pas sortir de ses gonds.

Ce matin, je reçois un élève de CM2, habitué du bureau, mais qui avait fait de grands progrès l’an dernier. Déjà responsable d’un acte de violence depuis la rentrée, cette fois, il s’en est pris à une fille de sa classe. Celle-ci ne supportant pas ses moqueries, il lui décoche par dessus le marché un coup de pied alors qu’ils descendent en récréation. Le coup de pied est rendu. L’histoire aurait pu s’arrêter là.

C’était sans compter sur la ténacité, la hargne devrais-je dire de notre élève. Il courut après la jeune fille qui soi-disant l’avait nargué et lui décocha moult coups de pieds lui assénant une claque retentissante comme point d‘orgue.

Cela se finit, bien entendu au bureau. Je pris le temps d’entendre les deux parties. Pour une fois, ce fut simple, l’agresseur reconnaissant ses erreurs et en tirant même une certaine fierté.

Application de la loi, c’est à dire des règles en vigueur dans l’école. En cas de récidive pour acte de violence, l’élève doit, pendant une période variable de deux à cinq jours, passer ses récréations en dehors de la cour. Soit devant la salle des maîtres, en bibliothèque s’il y a quelqu’un ou dans l’entrée de mon bureau. Il peut en profiter pour lire.

La sanction fut acceptée. Hélas, à la récréation suivante, notre loustic obtint l’autorisation d’aller aux toilettes quelques minutes avant la sonnerie.

Sa petite sœur venait justement de " s’embrouiller " avec une grande qui ayant été griffée, ne l’avait pas supporté et s’en prit à la petite.

N’écoutant que son sens de la famille, il sauta illico sur l’agresseuse et comme à son habitude y alla de ses coups de pieds et poings.

Le voilà de nouveau au bureau avec son adversaire, elle aussi multi-récidiviste ; C’est la troisième fois depuis la rentrée qu’elle s’en prend à des petits.

C’est maintenant la vertu outragée. Alors, on n’a plus le droit de défendre sa sœur !

Quand je pense au nombre de fois où je répète qu’il faut s’adresser aux adultes pour régler les conflits, que la violence ne résout pas les problèmes mais au contraire les aggrave, etc…

Ce sera cette fois-ci la convocation des parents.

Le père, compréhensif, accepte de venir à la sortie de l’après-midi. Nous comprenons alors que son fils a aussi changé à la maison depuis quelques semaines. Il traîne en effet dans le quartier avec d’autres enfants de sa classe qui ne sont pas parmi les plus tendres, ni les plus surveillés. De plus, il doit retourner voir sa mère tous les quinze jours. Ce qui n’arrange rien car il est alors livré à lui-même dans les rues et rentre à l’heure qu’il veut. Après une discussion approfondie avec l’enseignante, le père promet d’être vigilant et son fils promet d’essayer de refaire des efforts et de retrouver le comportement et le niveau de travail qu’il avait réussi à acquérir à la fin de l’an dernier. Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage.

Quand à sa camarade adversaire, je verrai la maman plus tard. Elle vient d’accoucher d’un prématuré et n’est pas disponible. Seule avec ses enfants, elle fait son possible. Quoiqu’ayant tendance à soutenir sa fille. Le père des deux grands est décédé et le nouveau père n’est pas en vue…

C’est pas du Zola mais presque…

Résultat : pas loin de deux heures consacrées à un seul enfant. Heureusement que les 359 autres de l’école n’ont pas tous le même profil !

Posté par danledir à 20:22 - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Comment faites vous pour avoir le temps de bosser "normalement" ? Même moi avec mes histoires de CHSCT et de secourisme qui me bouffent la majorité de mon temps, je ne m'en sors pas au quotidien !
    Bravo à vous d'essayer de faire régner l'ordre, la discipline et un minimum de savoir vivre mais ça doit être plus que fatiguant lorsque cela ne semble pas ou prou suivi d'effet.
    Bon courage,
    Valérie

    Posté par Valiouchka, lundi 16 octobre 2006 à 23:01
  • tout ça me fait bien peur, et dire que dans trois ans ma fille ira en maternelle, va t'elle taper ou se faire taper ? peut on passer à côté de cette violence ?

    Posté par nounourse, mardi 17 octobre 2006 à 11:39
  • Il est illusoire de penser que la violence entre enfants n'existe pas. Il est donc impossible de passer à côyé. En revanche, l'école et les parents ont un rôle éducatif important. L'impunité ne doit pas exister. Il ne faut pas non plus baisser les bras.
    De plus, le nombre de ces actes sont minimes par rapport au grand nombre d'enfants qui vivent ensemble. En outre, ils n'entraînent que très rarement voir jamais des dommages physiques . Ceux-ci sont surtout le fait d'accidents non intentionnels.

    Posté par Danledir, mardi 17 octobre 2006 à 14:45
  • bon, me voila rassurée !

    Posté par nounourse, mardi 17 octobre 2006 à 19:21

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