Le quotidien d'un directeur d'école

L'école vue de l'intérieur :les réflexions, au jour le jour, d'un directeur comme les autres dans une école comme les autres.

vendredi 20 octobre 2006

Le nerf des projets

Qui dit projets, dit financement. L’aide de la municipalité sur certains projets ne représente qu’une petite partie du coût total. Les parents doivent mettre la main à la poche. Pourtant l’école est gratuite. Contradiction plus qu’apparente. Si cela ne posait aucun problème, il y a quelque temps, les parents étant ravis de voir leurs enfants pratiquer toutes sortes d’activités qu’ils n’auraient pas fait autrement, la paupérisation croissante de notre quartier entraîne maintenant de grosses difficultés pour mener à bien ces projets.

Pour ce qui est de la classe de neige, organisée par la ville, les quotients familiaux s’appliquent. Pour deux semaines le montant s’échelonne de 94 à 487 euros. Le prix de revient dépasse les 800 euros.

Ce n’est malgré tout pas simple de convaincre les parents réticents. C’est pourtant difficile pour un enfant de voir partir ses camarades et de devoir rester à l’école dans une autre classe.

Il y faudra beaucoup de temps et de conviction. Et ce n’est jamais gagné d’avance.

Sur d’autres projets, des séances de poney, demandant un financement de 75 euros, j’ai reçu des mamans seules uniquement au RMI. Comment demander à quelqu’un qui n’a que cela pour vivre de faire un effort ? Sans parler de cette famille de six personnes en attente d’une décision concernant leur demande d’asile politique. Aidée par une association qui lui verse un minimum très vite dépensé. Diabétique, elle ne peut nourrir son bébé au sein et doit acheter le lait. Donner cinq euros par mois lui semble insurmontable… La coopérative d e l’école y pourvoira sans doutes mais ce genre de situations est en augmentation constante. Je ne parle pas des familles qui ont honte de venir me voir et préfèrent refuser purement et simplement sans autre forme d’explications.

Nous allons certainement organiser une vente d’objets ou une loterie. Ce qui permettra de faire jouer la solidarité, les familles désireuses d’aider pouvant ainsi de cette façon donner leur obole.

Comment remédier à cette situation ? Rétablir une vraie égalité des chances ? Quelques pistes :

Une partie de la prime de rentrée réservée à ce type de projet. Des chèques activités scolaires donnés aux familles les plus nécessiteuses. Une dotation de l’état en fonction de critères mesurant les difficultés des familles. Les prises ZEP données non aux enseignants mais aux projets. (Là, mes collègues vont hurler !)

Posté par danledir à 07:26 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Une fois de plus, je constate à quel point ton métier parait difficile ! Je me sentirai complètement débordée et impuissante si j'avais tout ça à gérer...

    Posté par Yelle, vendredi 20 octobre 2006 à 10:28
  • Comment peut on vous aider, ou plutôt aider ces famille ?
    Personnellement, je n'ai pas droit à l'ARS car je n'ai mes enfants qu'une semaine sur deux et il faut croire que je gagne trop. Pourtant, les voyages scolaires me font me saigner aux 4 veines pour que mes enfants puissent y participer mais bon, je peux encore le faire, pour l'instant toujours au détriment d'autre chose....
    C'est dramatique ce que vous décrivez, il y a des familles pour qui 5 euros par mois est énorme et je le comprends.
    Je comprends aussi les famille qui ne viennent pas vous voir. Selon moi, ce n'est pas de la honte mais de la fierté.
    Valérie

    Posté par Valiouchka, vendredi 20 octobre 2006 à 21:33

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