mardi 16 janvier 2007
Proverbe arabe
« Les apprentis coiffeurs apprennent sur la tête des orphelins. »
Ca a été la réaction de mon interlocuteur quand je lui ai expliqué le système des listes complémentaires. (Voir le billet du 30 08 2005 pour plus d’explication). En résumé, il s’agit d’une personne absolument sans formation à qui on confie une classe sans aucune aide préalable.
Tout le monde s’accorde pourtant à dire qu’il faudrait les personnels les plus chevronnés pour les lieux où les difficultés sont les plus grandes. Dans les faits, c’est carrément l’inverse.
Pour vous dire que j’ai bien entendu accueilli chaleureusement la pauvrette recrutée de fraîche date et qui est venue assurer un remplacement pour l’après-midi. Du jamais vu, un collègue en autorisation d’absence pour passer un examen, remplacé pour une demi-journée ! De quoi nous plaignons-nous, nous avons assez réclamé des remplaçants !
Espérons que ses souvenirs d’école ne sont pas si loin et qu’elle s’en tirera pas trop mal.
L’autre soucis, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, est la situation d’un autre jeune qui lui a bénéficié d’une formation l’an dernier mais qui malheureusement n’a pas été validé positivement. Que Pensez-vous qu’il advint : Le renvoya-t-on en formation ? Le confia-t-on à une maître plus expérimenté aux côtés duquel il aurait pu apprendre le métier ? Le visita-t-on régulièrement pour s’assurer qu’il était d’un coup de baguette magique devenu apte à l’enseignement ?
Pas du tout : on lui confia une classe pour l’année puis on le laissa mariner jusqu’à la semaine dernière où l’institution se souvint de lui. Il fut alors « visité ». La matinée ne s’étant pas bien passée, une nouvelle visite eut lieu quelques jours après. Il y avait urgence : ses formateurs doivent se réunir prochainement pour décider de son sort.
A mes questions sur le devenir de ce jeune si son évaluation se révélait de nouveau négative, il me fut répondu que quoiqu’il arrive, puisque les élèves n’étaient pas en danger, il resterait sur ce poste jusqu’à la fin de l’année. Sans se soucier plus que cela des apprentissages des enfants. Les deux formateurs s’étant entendus pour constater que les enfants n’apprenaient pas ou apprenaient très peu avec lui.
Une année pratiquement perdue ! Sachant que le directeur n’a pas le pouvoir, ni le droit de se mêler de la pédagogie des collègues.
Pourtant il va bien falloir essayer de l’aider, puisque ces élèves, nous les récupérerons l’an prochain et qu’il faudra recoller les morceaux de ces pots cassés.
Cette situation serait-elle possible dans les quartiers dans lesquels les parents sont capables de suivre de près la scolarité de leurs enfants, sont en mesure d’interpeller les institutions en cas de défaillance, les quartiers hors la loi qui refusent les 20% de logements sociaux (Nous en avons 90% dans notre quartier !)
Nos élèves sont les orphelins de la République sur lesquels les apprentis enseignants peuvent s’entraîner.