mercredi 17 janvier 2007
Etoile des neiges
Ah, les classes de neige. Elles ont fait rêver énormément de gamines et gamins. Quelques enseignants aussi. Inventées par les communes plutôt socialement défavorisées pour permettre aux enfants de connaître à leur tour les joies des sports d’hiver tout en continuant à aller en classe. Elles étaient très demandées par les parents. Chacun supputait ses chances de voir son enfant inscrit dans une classe privilégiée car elle allait partir en classe de neige. Certains venaient voir directement les enseignants ou le directeur, l’année précédente pour tenter de négocier une inscription.
Ces classes coûtent très cher aux communes qui les organisent. Leur nombre a sensiblement baissé pour disparaître dans beaucoup de villes. Chez nous c’est la durée qui a diminué ainsi que le nombre. En vingt ans, nous sommes passés de vingt à dix classes et d’un mois à quinze jours.
Bien entendu, l’application d’un quotient familial doit permettre à chaque famille de pouvoir faire partir son enfant.
Les choses ont commencé à s’inverser, il y a quelques années. Il fallait de plus en plus convaincre les parents réticents à l’idée de voir partir leur progéniture loin de chez eux. L’accent mis par les médias sur quelques faits divers tragiques n’ont certainement pas améliorer les choses.
Ce serait presque maintenant devenu la règle. Si une proportion importante de parents continuent à se réjouir de ce départ, d’autres de plus en plus nombreux traînent les pieds pour faire l’inscription, rapporter les documents nécessaires, verser un acompte quand ils ne s’opposent pas purement et simplement, en nombre non négligeable, au départ de leur enfant.
Bien sûr, les conditions économiques de certaines familles y sont pour quelque chose. Il faut non seulement payer la participation qui s’élève de 90 minimum à 400 euros maximum selon les ressources mais aussi procéder à quelques achats d’équipement d’hiver. Des vêtements et accessoires qui ne resserviront pas forcément. Ce sont aussi les familles les plus démunies qui sont assez souvent incapables de gérer ces problèmes avec suffisamment d’avance. Le paiement pouvait bien sûr être échelonné sur plusieurs mois.
S’y ajoute un élément culturel. Pour nombre de nos familles d’origine étrangère, il est difficilement concevable de trouver un intérêt quelconque à vouloir éloigner l’enfant de sa famille.
Il nous a fallu beaucoup de patience, de dialogue, de travail pour en convaincre certaines. Nous n’avons malheureusement pas pu les convaincre toutes. J’y ai malgré tout passé une bonne partie de mon temps de travail ces dernières semaines. Certaines familles m’ayant donné pas mal de fil à retordre. J’en viens presque à espérer ne pas avoir de proposition de classe de neige l’an prochain ! Grâce aux assistantes sociales qui ont fait un travail remarquable, nous avons réussi à décrocher des subventions non négligeables pour convaincre les plus en difficultés quand ce n’était pas la totalité des sommes dues.
Cela pose tout de même le problème de la poursuite de ce dispositif. Nombre de communes ont opté pour des séjours plus près, plus courts donc moins chers et qui peuvent se révéler tout aussi pédagogiques. Une piste à explorer si l’on veut continuer à vivre réellement ensemble pour apprendre à vivre ensemble. Si on veut aussi ne pas abandonner complètement ces séjours qui me paraissent indispensables à la construction des individus.
Je croise assez souvent d’anciens élèves, maintenant pères de famille qui me parlent obligatoirement des souvenirs que leur a laissé leur séjour en classe transplantée de neige de campagne ou de mer. Ce qu’ils en retiennent le plus de sont les expériences de vie en commun. Mais tous sont unanimes pour reconnaître que c’était des moments formidables. Certains avouent même regarder très souvent la vidéo réalisée à l’époque. Une idée à mettre sur internet sur le modèle copains de classe. Retrouvez les anciennes vidéos de vos escapades hors l’école avec vos copains de classe.
Enfin, croisons les doigts pour qu’ils aient de la neige. (ils partent bientôt). Manquerait plus qu’elle ne tombe pas…