lundi 29 janvier 2007
Bureaucratie ou parapluie ?
Deux chiffres (en fait, il s’agit de deux nombres mais curieusement la langue ne nous aide pas pour les apprentissages mathématiques):
Il y a vingt ans un projet de sortie avec nuitées ( c’est le terme officiel pour des courts séjours) tenait sur une feuille recto et une moitié de verso. Il fallait l’envoyer trois semaines avant le départ.
Aujourd’hui, il faut fournir –en cinq exemplaires- un dossier qui varie suivant le projet de trente à quarante pages et le délai s’est allongé à dix semaines – hors vacances !
Le contenu du séjour reste le même et il n’est pas plus dangereux, ni risqué d’emmener nos élèves passer quelques jours à la campagne, la montagne ou la mer. Mais la société a beaucoup changé et nous sommes dans l’ère du tout sécuritaire. Il faut absolument tout prévoir non pour empêcher les accidents possibles mais pour pouvoir se dédouaner en cas de problème et pouvoir faire porter la responsabilité sur d’autres.
Il est dommage que l’analyse des incidents survenus ces dernières années ne serve pas à définir des règles plus pragmatiques. Si ma mémoire est bonne : un accident d’avalanche, un brusque lâcher d’eau par l’EDF et un cuisinier pédophile. Des accidents dramatiques bien entendu. Mais sans rapport avec les multiples documents qu’on nous demande.
Cela a un effet pervers : certains parents ont peur de nous confier leurs enfants et il faut développer des trésors de persuasion pour les rassurer et leur arracher l’autorisation nécessaire.
Question temps consacré, c’est encore pire : la constitution du dossier d’un collègue a pris une bonne partie de mon temps ces derniers jours et toute la journée d’aujourd’hui. Le voilà presque bouclé mais je suis persuadé qu’il va bien manquer quelque chose.
Cela sera vite oublié quand nos élèves reviendront emplis de souvenirs et ravis d’avoir vécu en collectivité ces quelques jours.
samedi 27 janvier 2007
Hiérarchie quand tu nous tiens.
Nos enfants, vos enfants sont formatés. Pour eux, certains méritent le respect, d’autres moins, d’autres pas. J’ai souvent eu l’occasion de le constater en interrogeant les enfants sur ce qu’ils se permettent. En général, ils me disent qu’ils ne l’auraient pas fait si cela avait été moi. Pour eux, je suis au sommet de la pyramide. C’est comme ça et l’école doit absolument lutter contre cette vision de la société partagée par beaucoup de nos soi-disants concitoyens. ( cons peut-être mais citoyens certainement pas) Ce matin, les dames de service m’attendent de pied ferme : elles ont refusé de nettoyer les toilettes des filles et pour cause ! Je vais constater les dégâts. Le sol, le plafond et les murs sont jonchés de papier toilette mouillés. Il y a aussi partout des traces de pas sur les cuvettes. Les coupables sont très vite trouvées. Rassemblées sous le préau, elles étaient peu nombreuses hier jour de grève, et se dénoncent rapidement. Des grandes de CM2 : certaines connues pour être gentilles et mignonnes. Quelle mouche les a donc piquées ? Le phénomène de masse a joué à fond et a empêché une quelconque réflexion de l’une d’entre elles. Elles se retrouvent donc dans mon bureau à une bonne dizaine. Repentantes, elles mesurent l’étendue de leur bêtise. Elles n’ont absolument pas imaginé qu’elles avaient blessé profondément ces " dames de service " qu’elles connaissent depuis leur arrivée à l’école et qu’elles aiment bien. Elles ont déconnecté la personne de sa fonction et comprennent maintenant, je l’espère, à quel point le respect de l’autre passe aussi par la reconnaissance de son travail. Pour relativiser, j’ai croisé dans ma carrière quelques –rares heureusement- collègues qui considéraient que les femmes de service étaient là pour faire le ménage et qu’il était normal que les enfants mettent leurs papiers par terre. Elles ont ensuite nettoyé les toilettes. Comme sanction, elles ont dû faire signer le courrier adressé à leurs parents, leur expliquant les faits et rédiger une lettre d’excuses pour les dames de service. De plus, elles assureront à tour de rôle, pour un temps, la surveillance des toilettes et apprendront ainsi aux autres lèves à se comporter correctement. Je pense que la leçon leur servira dans leur vie future.
vendredi 26 janvier 2007
Tapage médiatique
Vous avez entendu parler de notre grève ? Toute la semaine, les écoles du département ont débrayé bassin par bassin et sont allées manifester bruyamment devant l’Inspection Académique. C’est en effet au début de la semaine prochaine que se prépare la carte scolaire : les ouvertures et fermetures de classe pour la rentrée prochaine ainsi que les créations de postes supplémentaires ou spécialisés. Aujourd’hui, pas mal de monde : des taux de grévistes qui dépassent les 70% dans certaines villes. Plus de bruit que les autres jours ( dixit les personnels de l’IA). Cela devrait leur mettre la puce à l’oreille. C’est en effet dans ce bassin, au nord du département que se cumulent toutes les difficultés sociales et économiques. Malheureusement, l’abbé Pierre a eu la mauvaise idée de casser sa pipe et c’est devenu un des seuls sujets d’actualité. Sinon, nous aurions peut-être eu la chance d’intéresser les médias et d’obtenir ce que nous réclamons : remplacements, réseau d’aide complets, effectifs allégés en zone difficile, maîtres supplémentaires. Non, comme le faisait remarquer très justement une collègue ce matin à l’assemblée générale de grève, pour nos intérêts personnels mais pour assurer au mieux la réussite de nos élèves. Je la cite : " Vous en connaissez beaucoup vous, des professions capables de se mettre en grève pour ne pas défendre leur intérêt propre mais celui des autres. Une autre remarque d’une jeune collègue dont c’était la première manifestation. " Nous sommes beaucoup plus calmes que les paysans qui manifestent devant les préfectures " C’est vrai, nous sommes vraiment trop gentils ou trop bien élevés, nous n’avons jamais rien cassé, ni rien dégradé ou sali. Peut-être va-t-il falloir s’y mettre ? Cela nous vaudrait à coup sûr une petite place dans les médias. On va y songer pour la prochaine !
jeudi 25 janvier 2007
Ohé la France d’en haut !
Doivent nous regarder de tout là-haut , nos technocrates et politiques du ministère de l’Education Nationale. Ne serait-ce le nécessaire devoir de réserve, je me laisserais bien aller à quelques commentaires outrageants non sur la personne mais sur les déclarations de notre ministre. Après avoir rongé jusqu’à l’os la méthode globale de lecture, réinventé la grammaire soit disant disparue, le voilà parti en bataille pour le retour du calcul mental et la réhabilitation des quatre opérations. Mais quelles écoles a-t-il visitées ? Quels enseignants a-t-il rencontrés ? Quelles mouches mal intentionnées l’ont piqué ? Accumuler ainsi les propos de café du commerce sur l’école tout en y croyant ou en faisant semblant d’y croire, c’est non seulement méprisant pour tous les enseignants mais affligeant dans la bouche d’un ministre. Désespérant pour tous ceux qui mouillent leur chemise en cherchant à apprendre à lire aux enfants par tous les moyens ( sauf la globale pratiquement jamais employée et disparue depuis fort longtemps sauf dans la tête de notre ministre), qui suent sang et eau pour faire rentrer dans leurs têtes les notions de verbe de sujet, d’adjectifs et de compléments, qui s’évertuent à expliquer le fonctionnement et à donner la maîtrise des additions, soustractions, multiplications et divisions et à leur enseigner le bon usage au bon moment, tout en insistant bien entendu sur leur sens. ( Désolé, monsieur le ministre, nous ne faisons pas les extractions de racine carrée). Quand au calcul mental soi-disant disparu, je cherche encore d’où cette idée a pu germé tout en réfléchissant à la prochaine sortie. Va-t-il découvrir que les élèves n’écrivent plus ? Qu’ils ne font plus de problèmes ? Qu’on ne leur enseigne plus l’orthographe ni les conjugaisons ? Depuis mes débuts, j’ai vu défiler nombre de ministres, chacun d’entre eux a voulu laissé son empreinte, nombre d’inspecteurs d’académie, chacun avec ses marottes et nombre d’inspecteurs de circonscription, beaucoup plus proches du terrain mais quelquefois aussi avec une idée préconçue. Le ministres ne le sont plus depuis longtemps, les inspecteurs d’académie partis labourer d’autre sillons dans des terres plus fertiles, les inspecteurs de circonscription également gérant leur carrière après avoir accumulé l’expérience de ces zones difficiles et ainsi gagné des points. Nous sommes restés, nous les militants de base de l’éducation nationale et du Service Public. Bien souvent par choix, quelquefois par force tellement il est difficile de quitter ces départements déficitaires. Sans jamais baisser les bras, sans cesser de revendiquer les moyens nécessaires à une meilleure prise en compte des difficultés de nos élèves. Le plus difficile a toujours été de ne pas se voir soutenu par notre hiérarchie. Mais de là à être méprisé, c’est intolérable !
mercredi 24 janvier 2007
Y’a pas le feu ?
* De radiations en inscriptions, les chiffres varient.
Lundi soir, un jeune collègue débutant, c’est sa troisième année, vient me voir au bureau. Il a un CM2 et sa classe est très difficile en ce moment. Il ne sait pas trop comment y remédier et me demande d’intervenir le lendemain matin.
Ce n’est pas que l’exercice me déplaise mais il faut veiller à ce que le remède soit plus fort que le mal. Inconsciemment, les enfants sentent la faiblesse de leur enseignant "obligé " de faire appel au directeur.
Cela me rappelle mes débuts, pas toujours facile. Il était à l’époque impensable de demander de l’aide. Nous aurions été jugés comme incapable de tenir notre classe et jugés de ce fait comme de mauvais enseignants.
Heureusement les temps ont changé. Nous avons en conseil des maîtres évoqué longuement ces enfants difficiles de cm2 et mis au point plusieurs dispositifs pour que l’année se passe du mieux possible. Les bilans que nous faisons régulièrement nous prouvent d’ailleurs le bien fondé de notre démarche. Beaucoup d’élèves se sont remis au travail, ne nous posent plus de problèmes. Reste malgré tout quelques irréductibles pour lesquelles nous attendons des prises en charges extérieures qui tardent à venir. Manque de conviction des parents qui traînent les pieds pour signer les autorisations nécessaires ou prendre les rendez-vous indispensables. Lenteur due au manque de moyens de l’administration pour des mesures éducatives. Impossibilité pour notre psychologue de prendre en charge, ne serait-ce que provisoirement, ces élèves. De par les textes qui régissent sa fonction d’une part et de par son éparpillement sur sept écoles d’autre part.
Donc rien de plus normal que de faire appel au directeur.
L’échange avec les élèves, sera , je l’espère, fructueux. Nous avons d’abord tenté de cerner les problèmes et de les analyser, puis de revoir ensemble les règles de vie qu’ils avaient pourtant défini en commun, puis de voir ce qu’il convenait de mettre en place. Cela ne suffira sans doutes pas et il me faudra certainement revenir dans cette classe.
C’est là, qu’un enseignant supplémentaire nous serait utile. Il permettrait à l’enseignant en difficultés de prendre un peu de recul, lui donnerait le temps d’échanger avec ses collègues ou le directeur, de pouvoir se rendre dans d’autres classes dans lesquelles exercent des collègues plus expérimentés pour y voir des pratiques qui lui permettraient d’améliorer la gestion de sa classe.
Mais ce n’est pas le chemin que prend notre ministre. Vous avez tous entendu l’annonce des suppressions de poste. Il est vrai qu’en élémentaire, des postes seront crées. Je veux bien parier qu’ils ne seront pas à la hauteur de nos besoins. Rien que cette année, nous aurons vécu avec vingt à trente élèves* de plus que l’an dernier sans aucune ouverture de classe.
Marre de jouer les pompiers sociaux.
vendredi 19 janvier 2007
Rangements
Peut-être allons-nous avoir enfin une bibliothèque opérationnelle ? Pourtant, je croyais bien que ce serait fait plus tôt. Avec mon contrat avenir, j’espérais naïvement que ce problème serait réglé dès le début de l’année scolaire.
Hélas, nous avons eu des choses plus importantes et urgentes à faire.
J’ai décidé cette fois-ci de m’y mettre.
En effet, la classe maternelle que nous hébergions depuis un an et demi a trouvé un autre point de chute beaucoup plus approprié dans l’école voisine.
Ce qui nous permet d’installer une salle informatique digne de ce nom pour remplacer les deux minuscules salles informatiques des deux écoles. Abondée, nous l’espérons, par des donations d’ordinateurs de l’entreprise d’un de nos prères d’élèves. Nous pourrons ainsi et enfin accueillir une classe entière pour ces activités permettant aux élèves en se servant de l’outil informatique d'acquérir les compétences nécessaires à l’obtention du B2i.
Cette ancienne salle informatique jouxtait la bibliothèque, ce qui va nous permettre d’en faire une salle de rangement permettant ainsi d’améliorer l’espace nécessaire à cette salle qui est plus qu’une bibliothèque puisqu’elle sert aussi de salle de réunion, de salle d’arts plastiques, de salle de bridge scolaire, etc. En un mot, c’est une salle polyvalente.
Il va falloir nous maintenant déplacer, trier, jeter, ranger, épousseter, étiqueter de nombreux ouvrages et matériels entassés dans la bibliothèque depuis un bon moment.
Espérons que mes nombreuses occupations me permettraient d’y consacrer le temps nécessaire. Pour hier, je pensais y passer une bonne partie de l’après-midi. C’était sans compter sur les multiples sollicitations. Nous étions à ¾ d’heures de la sortie quand j’ai pu commencer !
Une chose sûre : les punis que l’on m’enverra seront réquisitionnés…
jeudi 18 janvier 2007
Accepter son enfant.
Rendez-vous ce matin avec une maman. Son fils est avec nous depuis deux ans. Nous l’avons, après avis de l’équipe éducative, maintenant au CP. Malheureusement, malgré quelques espérances en début d’année, nous ne constatons plus de progrès. Suivi en orthophonie depuis plus d’un an, il a passé de nombreux examens en pédiatrie pour essayer de déterminer d’où viennent ses difficultés d’apprentissage. Audition, vue, bilan neurologique, etc… De nombreux rapports s’accumulent dans son dossier. Il nous faut maintenant envisager son avenir. Notre psychologue du réseau d’aide n’a décelé aucune déficience intellectuelles, il n’est donc pas question pour l’instant de proposer une CLIS ou un établissement spécialisé. D’autres investigations doivent être faites. Une prise en charge en psychomotricité et en psychothérapie est proposée par les spécialistes qui le suivent à l’hôpital. Ajoutés aux séances d’orthophonie et d’orthoptie, cela va faire beaucoup. La maman est bien sûr très inquiète. Elle souhaiterait faire tout ce qu’il faut pour son enfant et voudrait bien le voir se développer comme tous les autres. C’est une maman très impliquée, qui participe souvent aux activités de la classe et peut ainsi faire des comparaisons avec les autres élèves. Je ne peux, sans lui donner de faux espoirs, que la rassurer sur son avenir proche. I nous est tout à fait possible de le garder avec nous l’année prochaine en le passant au CE1, les collègues fonctionnant pour l’apprentissage de la lecture en groupes de besoins et son fils y aura toute sa place. De plus ses multiples prises en charge pourraient s’insérer dans un emploi du temps aménagé qui lui permettrait de ne pas ajouter à la journée scolaire. Mais je ne répondrais pas à la question essentielle qui vaut pour tous les parents : accepter son enfant comme il est et non comme on aurait souhaiter le voir devenir.
mercredi 17 janvier 2007
Etoile des neiges
Ah, les classes de neige. Elles ont fait rêver énormément de gamines et gamins. Quelques enseignants aussi. Inventées par les communes plutôt socialement défavorisées pour permettre aux enfants de connaître à leur tour les joies des sports d’hiver tout en continuant à aller en classe. Elles étaient très demandées par les parents. Chacun supputait ses chances de voir son enfant inscrit dans une classe privilégiée car elle allait partir en classe de neige. Certains venaient voir directement les enseignants ou le directeur, l’année précédente pour tenter de négocier une inscription.
Ces classes coûtent très cher aux communes qui les organisent. Leur nombre a sensiblement baissé pour disparaître dans beaucoup de villes. Chez nous c’est la durée qui a diminué ainsi que le nombre. En vingt ans, nous sommes passés de vingt à dix classes et d’un mois à quinze jours.
Bien entendu, l’application d’un quotient familial doit permettre à chaque famille de pouvoir faire partir son enfant.
Les choses ont commencé à s’inverser, il y a quelques années. Il fallait de plus en plus convaincre les parents réticents à l’idée de voir partir leur progéniture loin de chez eux. L’accent mis par les médias sur quelques faits divers tragiques n’ont certainement pas améliorer les choses.
Ce serait presque maintenant devenu la règle. Si une proportion importante de parents continuent à se réjouir de ce départ, d’autres de plus en plus nombreux traînent les pieds pour faire l’inscription, rapporter les documents nécessaires, verser un acompte quand ils ne s’opposent pas purement et simplement, en nombre non négligeable, au départ de leur enfant.
Bien sûr, les conditions économiques de certaines familles y sont pour quelque chose. Il faut non seulement payer la participation qui s’élève de 90 minimum à 400 euros maximum selon les ressources mais aussi procéder à quelques achats d’équipement d’hiver. Des vêtements et accessoires qui ne resserviront pas forcément. Ce sont aussi les familles les plus démunies qui sont assez souvent incapables de gérer ces problèmes avec suffisamment d’avance. Le paiement pouvait bien sûr être échelonné sur plusieurs mois.
S’y ajoute un élément culturel. Pour nombre de nos familles d’origine étrangère, il est difficilement concevable de trouver un intérêt quelconque à vouloir éloigner l’enfant de sa famille.
Il nous a fallu beaucoup de patience, de dialogue, de travail pour en convaincre certaines. Nous n’avons malheureusement pas pu les convaincre toutes. J’y ai malgré tout passé une bonne partie de mon temps de travail ces dernières semaines. Certaines familles m’ayant donné pas mal de fil à retordre. J’en viens presque à espérer ne pas avoir de proposition de classe de neige l’an prochain ! Grâce aux assistantes sociales qui ont fait un travail remarquable, nous avons réussi à décrocher des subventions non négligeables pour convaincre les plus en difficultés quand ce n’était pas la totalité des sommes dues.
Cela pose tout de même le problème de la poursuite de ce dispositif. Nombre de communes ont opté pour des séjours plus près, plus courts donc moins chers et qui peuvent se révéler tout aussi pédagogiques. Une piste à explorer si l’on veut continuer à vivre réellement ensemble pour apprendre à vivre ensemble. Si on veut aussi ne pas abandonner complètement ces séjours qui me paraissent indispensables à la construction des individus.
Je croise assez souvent d’anciens élèves, maintenant pères de famille qui me parlent obligatoirement des souvenirs que leur a laissé leur séjour en classe transplantée de neige de campagne ou de mer. Ce qu’ils en retiennent le plus de sont les expériences de vie en commun. Mais tous sont unanimes pour reconnaître que c’était des moments formidables. Certains avouent même regarder très souvent la vidéo réalisée à l’époque. Une idée à mettre sur internet sur le modèle copains de classe. Retrouvez les anciennes vidéos de vos escapades hors l’école avec vos copains de classe.
Enfin, croisons les doigts pour qu’ils aient de la neige. (ils partent bientôt). Manquerait plus qu’elle ne tombe pas…
mardi 16 janvier 2007
Proverbe arabe
« Les apprentis coiffeurs apprennent sur la tête des orphelins. »
Ca a été la réaction de mon interlocuteur quand je lui ai expliqué le système des listes complémentaires. (Voir le billet du 30 08 2005 pour plus d’explication). En résumé, il s’agit d’une personne absolument sans formation à qui on confie une classe sans aucune aide préalable.
Tout le monde s’accorde pourtant à dire qu’il faudrait les personnels les plus chevronnés pour les lieux où les difficultés sont les plus grandes. Dans les faits, c’est carrément l’inverse.
Pour vous dire que j’ai bien entendu accueilli chaleureusement la pauvrette recrutée de fraîche date et qui est venue assurer un remplacement pour l’après-midi. Du jamais vu, un collègue en autorisation d’absence pour passer un examen, remplacé pour une demi-journée ! De quoi nous plaignons-nous, nous avons assez réclamé des remplaçants !
Espérons que ses souvenirs d’école ne sont pas si loin et qu’elle s’en tirera pas trop mal.
L’autre soucis, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, est la situation d’un autre jeune qui lui a bénéficié d’une formation l’an dernier mais qui malheureusement n’a pas été validé positivement. Que Pensez-vous qu’il advint : Le renvoya-t-on en formation ? Le confia-t-on à une maître plus expérimenté aux côtés duquel il aurait pu apprendre le métier ? Le visita-t-on régulièrement pour s’assurer qu’il était d’un coup de baguette magique devenu apte à l’enseignement ?
Pas du tout : on lui confia une classe pour l’année puis on le laissa mariner jusqu’à la semaine dernière où l’institution se souvint de lui. Il fut alors « visité ». La matinée ne s’étant pas bien passée, une nouvelle visite eut lieu quelques jours après. Il y avait urgence : ses formateurs doivent se réunir prochainement pour décider de son sort.
A mes questions sur le devenir de ce jeune si son évaluation se révélait de nouveau négative, il me fut répondu que quoiqu’il arrive, puisque les élèves n’étaient pas en danger, il resterait sur ce poste jusqu’à la fin de l’année. Sans se soucier plus que cela des apprentissages des enfants. Les deux formateurs s’étant entendus pour constater que les enfants n’apprenaient pas ou apprenaient très peu avec lui.
Une année pratiquement perdue ! Sachant que le directeur n’a pas le pouvoir, ni le droit de se mêler de la pédagogie des collègues.
Pourtant il va bien falloir essayer de l’aider, puisque ces élèves, nous les récupérerons l’an prochain et qu’il faudra recoller les morceaux de ces pots cassés.
Cette situation serait-elle possible dans les quartiers dans lesquels les parents sont capables de suivre de près la scolarité de leurs enfants, sont en mesure d’interpeller les institutions en cas de défaillance, les quartiers hors la loi qui refusent les 20% de logements sociaux (Nous en avons 90% dans notre quartier !)
Nos élèves sont les orphelins de la République sur lesquels les apprentis enseignants peuvent s’entraîner.
lundi 15 janvier 2007
Service public ?
Ca recommence. De nouveaux horaires sont imposés aux « dames de service ». Considérant qu’elles ne sont là que pour le ménage de l’école, nous apprenons mes collègues directeurs et moi-même que celles-ci ne seront plus présentes en fin d’après-midi ni en fin de matinée le samedi dans nos écoles. Que faire en cas d’incident habituel : vomi, pipi ou plus etc… Sur qui compter en cas d’urgence ? Vraisemblablement, le chef de service, tout à son redéploiement n’a pas mesuré les conséquences de ses décisions. Pourtant, l’intégration dans notre équipe de ces personnels a montré que cela favorisait la reconnaissance, augmentait l’implication et diminuait les taux d’absence. C’est sans compter sur la stricte logique comptable.
Heureusement, une mobilisation rapide et la réaction collective de toutes les directions d’école de la ville a permis un recul sur ces décisions. Dommage, nous aurions pu commencer par la concertation, cela aurait éviter de passer une bonne partie de la journée à régler ce problème. Nous sommes tranquilles jusqu’à la prochaine décision…
Ce n’est pas encore aujourd’hui que la bibliothèque de l’école sera opérationnelle.