Le quotidien d'un directeur d'école

L'école vue de l'intérieur :les réflexions, au jour le jour, d'un directeur comme les autres dans une école comme les autres.

lundi 10 septembre 2007

Déjà une semaine...

Comme le temps passe. J'ai l'impression que nous sommes rentrés depuis bien plus longtemps que cela.

L'école a maintenant son allure de croisière. tout le monde a pris ses marques: élèves comme enseignants. Je savoure le calme de cette année. Tous les élèves difficiles de CM2 sont maintenant en collège. J'espère qu'ils ne feront pas trop damner leurs professeurs.

Quant à nous, l'ambiance de l'école en est toute changée. Il n'y a plus de " gros cas" commel'an dernier et les rares élèves qui sont réputés difficiles sont assez isolés pour ne pas créer, pour l'instant, de problèmes particuliers.

Il m'a bien fallu tout de même recevoir longuement ce matin dans mon bureau un élève de cm2 qui avait violemment tapé sur un petit de CP. Espérons que les échanges que nous avons eus pourront lui permettre d'avoir un comportement différent. comme par hasard, son petit frère rentrait aujourd'hui en cp et bien évidemment il n'accepterait pas qu'il subisse la même chose. Je ne connais pas trop cet élève qui nous est arrivé l'an dernier d"une autre école suite aux changements de secteurs scolaires. Il nous a posé quelques problèmes l'an dernier. très mal dans s a peau, il semble avoir choisi de se faire remarquer par son comportement négatif. Cherchant l'affrontement avec l'adulte il semble assez insensible aux arguments traditionnels et répète qu'il fait ceci ou cela parce qu'il en a envie. Quel est son parcours. qu'a-t-il vécu pour s'enfermer ainsi dans une caricature d'opposant. Plusieurs tentatives pour rencontrer son père, séparé depuis longtemps de sa mère, ont échoué l'an dernier. La présence du beau-père semble acceptée mais il est difficile d'en être sûr.

La question qui nous est posée est surtout de savoir comment l'aider. Nous allons en discuter avec les membres du réseau d'aide qui sont tout à fait ouverts à ce type d'aide. Ce qui n'a pas été toujours le cas quand ces postes étaient occupés par d'autres.  La fonction ne suffit pas, c'est souvent aussi une question de personne.

Nos effectifs sont corrects malgré quelques défections. Des élèves pas encore revenus de leurs vacances au bled. Bloqués pour des questions de visa ou de billets d'avion. Des élèves qui ne se sont pas présentés. mais où ont-ils donc pu passer? Nous tournons quand même autour de 350 élèves ce qui est assez pour s'occuper...

Posté par danledir à 23:41 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Sujets et acteurs

    Votre élève de CM2 a une attitude qui n'est pas ordinaire. Il frappe, mais pas n'importe qui. Il frappe un petit CP. Les combats entre enfants du même âge sont « ordinaires » (évidemment, ils ne sont pas excusables), mais il font partie de la construction des personnalités. Ce que les grecs nomment l'agon – et les sociologues l'agonistique – fait partie de la socialisation. Il semble que la violence radicale soit un moyen pour affirmer qu'on existe, avant tout travail de subjectivation.
    Or, c'est ce travail qui est à entreprendre avec votre élève de CM2. Les personnels du réseau sont en mesure de proposer ce travail. Ou un enseignant. Comme vous le dites, c'est une affaire de personne. Cet enfant a besoin de mettre des mots sur sa propre histoire, sur cet événement qui surprend parce qu'il s'agit d'un plus petit. Comme son frère est au CP, la comparaison est bienvenue. On s'attend à la protection des grands et non à cette violence radicale, adressée à un plus jeune. Sans doute est-il possible de proposer à lire un texte qui raconte un événement semblable ou à écrire (avec l'aide d'un scripteur adulte) un récit qui donne à entendre la singularité de l'histoire de cet élève. Cette mesure pourrait faire en sorte que cet élève passe de l'état de non-sujet à celui de sujet, un sujet étant une personne qui est en conquête d'autonomie et donc de responsabilité, une personne qui est capable d'être réflexive, c'est-à-dire de dire quelque chose sur le sens des expériences qu'il vit. Le travail de subjectivation ne peut pas se faire seul. Il faut un accompagnement, une aide à la mise en mots du ressenti, des croyances, des valeurs, de l'imaginaire.
    Il n'en reste pas moins que la loi doit dire qu'on ne peut agresser de la sorte. Cet élève doit être sanctionné si on veut que la victime soit réparée, si on veut que lui-même soit réparé, si on veut que la communauté scolaire soit réparée. Une sanction éducative doit à la fois être frustrante (retenue, travail d'intérêt personnel et collectif) et éducative (par exemple, écrire un texte qui condamne l'acte et l'offrir soit à la victime, soit au directeur, en présence de la victime). Réintroduire la victime dans la sanction vise à la sortir de l'acte violent qu'elle a subie et qui la laisse blessée et passive. Son acte consiste à dire qu'elle accepte le texte (ce qui signifie qu'elle accepte volontairement la relation avec son ancien agresseur) mais il faut qu'elle dise aussi qu'elle n'accepte pas la violence qui lui a été faite (le coup de poing ou de pied : cet acte nuit à la relation). En passant de l'état de non-sujets, à celui de sujets, puis à acteurs (ceux qui agissent de leur propre volonté), les élèves, victimes et agresseurs peuvent échapper à la violence, qui est déconstruction du sens, pour retrouver un sens à la vie à l'école. C'est là une tâche éducative fondamentale. D'une part, le personnel du réseau qui vise à faire advenir le jeune sujet et, d'autre part, le directeur qui dit la loi, qui sanctionne et qui garantit la paix scolaire.
    Bon courage. Je vous souhaite une année scolaire plus apaisée que celle que vous avez vécue.

    Posté par Rocquet, mardi 11 septembre 2007 à 10:50

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