Le quotidien d'un directeur d'école

L'école vue de l'intérieur :les réflexions, au jour le jour, d'un directeur comme les autres dans une école comme les autres.

vendredi 26 octobre 2007

Eduquons, c'est une insulte ?

Peut-être un hasard ou bien un signe inquiétant des temps à venir.

Nous voilà cette année débarassé de (presque) tous nos élèves au comportement hautement perturbant -appelation officielle- et perturbés - là, c'est moi qui rajoute- partis pour le collège.

Heureusement, pour nos collègues du second degré ils ont été répartis dans plusieurs collèges puisque bien que n'atant pas reconnus ZEP, nous alimentons les trois collèges ZEP du secteur, et dans plusieurs classes. Si toutefois, nos explications ont été prises en compte lors de la réunion de liaison CM2 - 6ème.

Nous sommes, en revanche, inquiets au sujet d'une partie des élèves de CP nouvellement accueillis. Une grosse partie d'entre eux se montre incapable de tenir en place plus de quelques minutes, ne prêtent pas attention aux paroles de leurs enseignants, ne suivent pas les consignes qui leur sont données. Ajoutez à cela quelques "gros cas", signalés par les collègues de maternelle mais pour lesquels il n'y a pas de solution immédiate mais qui perturbent considérablement le fonctionnement de la classe qui est déjà très difficile à mettre en place. Beaucoup d'enfants sont également très limités dans leur expression orale et semblent posséder un vocabulaire très limité.

Plusieurs questions. Est-ce un phénomène général ou bien est-ce le résultat de la ghettoïsation du quartier ? Est-ce un manque d'attention et d'éducation de la part des parents ignorant les règles élémentaires concernant l'hygiène de vie et la façon d'élever les enfants? Est-ce le résultat de l'esprit de 68 -comme dirait notre président- qui flotte encore dans l'air de nos banlieues?

Une fois, le constat établi de ces carences éducatives établi qu'il soit local ou global, comment y remédier? Quelle est la part de l'école dans la réduction de ces inégalités sociales si c'est de ça qu'il s'agit? Comment la société toute entière peut-elle se saisir de ce problème s'il s'agit, comme je suis enclin à la penser, d'un phénomène qui accentué chez nous, n'en existe pas moins sur l'ensemble du territoire?

Pour l'instant, nous avons eu à notre échelle un entretien avec notre inspecteur pour essayer de prendre en compte les cas les plus difficiles. La réponse n'est pas vraiment satisfaisante. Il faudra du temps, pour l'un d'entre euxn pour convaincre les parents de monter un dossier MDPH. Puis ensuite attendre les réponses s'il s'agit vraiment d'un handicap reconnu. Pour un autre, il s'agit certainement d'un déficit éducatif. Il va s'agir là de s'occuper aussi des parents. Pas facile.

L'embauche d'un CAE -emploi destiné aux personnes en situation de précarité, payé un peu plus de 700 € par mois pour des horaires scolaires- permettra, si la personne a le bon profil, de prendre en charge ces deux élèves.

Pour tous les autres, il va nous falloir beaucoup d'attention, de patience et d'imagination.

Nous avons pourtant dans ces CP des enseignants chevronnés et expérimentés qui parfois à la fin d'une dure journée se montrent à la fois découragés, désemparés et sur le point de craquer.

Un symptôme inquiétant.

Posté par danledir à 07:47 - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    éducabilité

    Je comprends bien votre inquiétude et celle de vos collègues. Quand on accueille des élèves en CP et que ceux-ci ne sont pas disponibles pour des apprentissages, on peut légitimement se poser des questions. La compétence des enseignants ne peut véritablement s'exercer que si les élèves ont eux-mêmes une certaine « compétence » à être des élèves. Il y a bien sûr une multitude de raisons, celles que vous avancez qui tiennent au déterminisme social ou à d'éventuelles pathologies. Il faut bien sûr les rechercher, notamment pour savoir si tel élève relève d'un enseignement spécialisé. Pourtant les déterminismes sociaux et psychologiques empêchent l'action éducative et enseignante.
    Il me semble qu'il est possible, surtout si vous avez le concours du RASED et d'un CAE (s'il peut coopérer) d'engager un travail éducatif auprès des élèves en difficulté. Ce travail est sans illusion, mais on ne peut s'empêcher de croire au principe d'éducabilité, ce qui pousse à engager des actions auprès de ces élèves. Ce qui me frappe, c'est que ce ne sont pas des sujets. Ils ne peuvent donc être acteurs. Ils ignorent ce qu'ils font, et ils n'ont pas de mots pour dire, ils fuient la relation éducative, ils n'ont pas l'attention nécessaire et ne peuvent mobiliser des ressources personnelles. Il faut donc leur offrir l'occasion de faire et de dire, en utilisant la technique dite du « pied dans la porte » : faire faire quelque chose de peu important, au début, mais consenti par l'élève, pour demander plus, par la suite. Il s'agit de demander quelque chose de scolaire. Ca peut être formel : recopier soigneusement la date, son nom, distinguer le livre de lecture d'un album et du cahier de math, pour arriver à des choses qui tiennent aux contenus. J'ai fait l'expérience de la calligraphie avec des élèves de SEGPA. C'était un moment fort, moment de concentration, de prise de conscience du corps dans l'apprentissage et l'activité : avant de se livrer à l'exercice calligraphique, on entraînait la respiration, le bras, les doigts. On se représentait le geste, en fermant les yeux. Et surtout on obtient rapidement des productions acceptables que les enseignants peuvent renforcer positivement. On peut aussi passer de cette activité à une autre qui nécessite autant de concentration.
    Quand l'activité est achevée, la mise en mots est intéressante. Il ne s'agit pas tout de suite de conceptualiser, mais de demander si c'était facile, plaisant, comment on a procédé, si ce qu'on a fait est beau, ce qui doit être conservé, ce qui doit être modifié, corriger. On accepte les approximations tandis qu'on formule : « là tu vois, c'est pas comme ça que je veux faire. - Tu me dis que dis que le jambage du « j » descend trop bas... Comment t'y prendrais-tu ? » Il s'agit aussi de renforcer positivement et négativement, étant entendu que les félicitations s'adressent à la personne (puisqu'on veut qu'elle reproduise les mêmes comportements) alors que les erreurs sont dans la production (puisqu'on veut qu'elles ne soient plus reproduites).
    Que ce soit n'importe quelle activité qui engage un comportement observable et la mise en mots est plus aisée. Je crois qu'on peut faire quelque chose de l'ordre des apprentissages, avec des élèves, en acceptant les difficultés et les échecs. Tout ne peut pas être fait, et bien fait, surotu au début. Ce qui importe, c'est que la relation entre un adulte et un (ou un petit groupe d') élève(s) soit contenante.
    Je vous souhaite d'être ce contenant.

    Posté par rocquet, vendredi 26 octobre 2007 à 12:48
  • Bonjour,

    Si je me permets de vous livrer ce commentaire, c'est parce que vous êtes récemment intervenu(e) sur le site arretsurimages.net créé par Daniel Schneidermann, et que vous en êtes peut-être un(e) abonné(e).

    Loin de livrer une information objective, ce site est lourdement censuré ce qui peut entraîner le genre de situation décrite sur cette page:

    http://www.lepost.fr/article/2007/10/23/1040801_non-a-la-xenophobie-et-a-la-censure-sur-si-net_1_0_1.html

    Ne laissez pas une telle manipulation d'opinions se créer sur le Net. Ne laissez pas l'information sur le Net devenir, à cause de la censure, pire que ce qu'elle est dans les autres médias.

    Merci pour votre attention.

    Posté par Franade, vendredi 26 octobre 2007 à 13:55
  • pffff

    franade... et ses fabuleux comms tendance parano-contestivore depuis le big bang blog....

    Posté par yahel, vendredi 26 octobre 2007 à 22:53
  • les gamins papillons ne sont pas une exclusivité de la zep

    Si cela peut vous rassurer, j'enseigne au cp dans un milieu " normal", traduisez milieu ordinaire où se mélangent différentes classes sociales ( les classes favorisées sont plus nombreuses et il n'y a pas de parents au chômage car nous sommes dans une région où il y a beaucoup de travail). Cela fait 3 ans que je suis dans cette école et cette année, j'ai une belle brochette de gamins qui papillonnent toute la journée. L'attention ne dépasse pas 20 minutes, dur dur à gérer donc en cp. Je ne sais pas si c'est lié aux gamins de 2001, mais j'entends dire que dans les communes voisines, le problème est le même. J'ai fait 7 ans de zep avant et franchement, je n'ai pas le souvenir d'avoir eu une telle concentration de gamins immatures, aussi peu intéressés qui ne savent pas rester assis.
    Bah, je pense qu'il y a les bonnes et les mauvaises années, comme pour le vin...

    Posté par maîkresse, lundi 29 octobre 2007 à 21:04
  • les cp en folie

    Je crois que vous parlez de ma classe de cp, J'ai deux enfants mdph dont un avec avs, l'autre avs n'est jamais arrivée, j'en ai quatre suivis par des psychiatres, et les autres sont en carence éducative lourde, ou violents.
    depuis que je prends les choses avec détachement, ça va mieux, mais j'attends la fin de l'année avec impatience.

    Posté par VERONIKE, samedi 10 novembre 2007 à 19:26

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