Le quotidien d'un directeur d'école

L'école vue de l'intérieur :les réflexions, au jour le jour, d'un directeur comme les autres dans une école comme les autres.

vendredi 16 novembre 2007

Dans grève, il y a rêve

Me voici moi aussi "pris en otage" . je dois attendre à l'école qu'une maman partie travailler puisse rentrer pour récupérer son enfant de CP.  Pas de famille, ni de voisin. Espérons que cela ne sera pas trop long. Il est déjà presque 19 heures. Evidemment, la règle à suivre est de déposer les enfants au commissariat. Je ne l'ai jamais fait. Cela ne me semble pas un endroit pour les enfants et de plus je ne suis pas persuadé que cette maman ait vraiment des papiers. je ne voudrais pas être le directeur qui a livré des sans papiers à la police. Vous imaginez les titres dans les journaux!

De plus cette maman, ayant eu quelques soucis de cohabitation avec la famille qui l'hébergeait, a du se rabattre provisoirement sur un hôtel situé dans une commune assez éloignée... Elle réalise même l'exploit depuis deux jours d'arriver pratiquement à l'heure et de partir au travail ensuite.

Cela rallonge cette journée qui m'avait pourtant déjà semblé bien longue.

Au menu de la matinée: des synthèses avec le réseau d'aide et à tour de rôle trois enseignants de cycle III. Nous n'avons parlé que des élèves en difficultés ce qui nous a occupés presque toute la matinée. Cela a bien sûr été entrecoupé de quelques demandes. J'ai parfois eu l'impression de suivre la réunion en pointillés. Le bilan est préoccupant. Il nous faudrait plusieurs réseaux d'aide pour venir à bout des problèmes rencontrés. Un(e) orthophoniste et un(e) psychologue à temps complet nous serait bien utiles également. Certains enfants cumulent de telles difficultés qu'il y faudra plusieurs années pour arriver à quelque chose. Nous avons aussi évoqué le cas de cet élève qui a agressé une enseignante hier et l'aurait bourrée de coups de poings si elle s'était laissée faire.  Son parcours est significatif et explique beaucoup de ses difficultés. Arrivé chez nous suite à un gros soucis sur une école de la ville et faisant l'objet d'une mesure d'investigation qui s'est transformée en mesure éducative en milieu ouvert. Un signalement pour vol puis pour violence extrême . Un niveau scolaire très bas et aucune velléité de travail. Au contraire, il passe une partie de ses journées à dormir.

Pendant la pause méridienne, le remplacement de service de la collègue en stage puis un  conseil des maîtres extraordinaire pour décider des sanctions concernant le charmant bambin cité ci-dessus: passage en conseil de remédiation avec présence de son enseignant, de l'enseignante agressée, d'une personne indépendante et des élèves délégués de sa classe. Puis décision sur les sanctions : peut-être retenues le soir pendant le temps de l'étude et privation d'une prochaine sortie.

L'après-midi ne fut pas plus calme: plusieurs conflits à régler dont un enfant qui "a été obligé" de lécher par terre. C'était soi-disant un jeu et il y tenait le rôle de l'esclave! Mais où vont-ils chercher tout ça ? A sept ans...

Une rencontre avec la chef de cuisine et un élève qui lui a manqué de respect et s'est permis de jouer au ballon et aux billes dans la cantine.

Une lettre à faire aux parents des enfants qui pratiquent la danse avec le conservatoire pour les sensibiliser sur le comportement désagréable de leur enfant.

Des coups de fils à passer aux parents des élèves qui n'auront pas musique ni cours d'arabe , les professeurs étant retenus dans les transports ou dans l'impossibilité de nous rejoindre.

Des comptes de coopérative à faire pour mettre à jour les différents versements de toutes les classes s'étant rendues au cinéma ces derniers jours.

Des conseils à notre intervenant de chorale pour réaliser son trombinoscope des élèves. etc...

Et enfin une bonne nouvelle: l'arrivée d'un intervenant d'anglais! Nous n'espérions plus ... Nos classes de CM2 et CE2 vont enfin pouvoir s'adonner aux joies des langues vivantes. en revanche aucune nouvelle du professeur d'allemand qui doit poursuivre avec les CM1 ce qui a été commencé l'an dernier. Elle est disponible depuis longtemps mais les budgets ne suivent pas...

La maman étant enfin arrivée, je vais pouvoir rentrer chez moi.

Posté par danledir à 18:49 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    Je vois que vos journées sont toujours celles d'un fonctionnaire tel que se le représente l'imagerie populaire ...

    Au passage, c'est vraiment sympa de rester avec le gamin aussi tard ; j'en connais d'autres qui - toute opinion politique exclue - ne se donnerait pas cette peine, voire alerterait les services sociaux.

    Posté par @nna, samedi 17 novembre 2007 à 17:46
  • Pour avoir été confrontée à ce genre de situations, et dans ce cas, c'est l'instit 'de service' qui fait le boulot, pas le ou la dirlo, ce que j'en sais c'est que majoritairement nous rechignons toutes et tous à coller l'enfant au commissariat,
    D'abord pour le trauma que ça représente pour l'enfant.
    Ensuite parce que en préélem, selon les réglements en vigueur -qui changent plus ou moins- c'est censément le commissariat, enfin un représentant , qui doit venir chercher le gamin (le temps que ca se fasse) après âpres négociations avec diverses instances.
    Enfin pour les mêmes raisons que dites dans l'article, au niveau familial.
    Mais qu'est-ce que ça nous démange, lorsqu'on a soit-même son propre gamin à aller chercher, un rv qqpart, ses preps à faire et l'envie de s'crouler pour affronter la journée du lendemain, qu'est-ce que ça nous démange de mordre l'adulte qui arrive, le plus voeunt dans ces cas là, pas vraiment confondu en excuses, rapport au fait que beaucoup pensent que justement nous avons le temps hein....
    Il m'est arrivé, hors toute légalité, de ramener un gamin chez lui, manquant me faire agresser en parcourant la cité où il habitait.
    Il m'est arrivé de savoir des familles dire: "oh, on a commencé à dîner et on n'a pas vu qu'il n'était aps là, avant" (ben oui les gamins jouent dehors et ne sont appelés que pour le repas).
    Il m'est arrivé de menacer un adulte du commissariat la prochaine fois (oui ça devenait une habitude commode) m'entendre répondre précisément que lui, il avait du boulot.. enfin bref...alerter les services sociaux, justement, c'est ce qu'on fait en dernier dernier recours...

    Posté par mebahel, samedi 17 novembre 2007 à 18:44
  • Chez nous jeudi la journée a commencé par 1h10 de récréation dans le froid. Il nous manquait 8 enseignants (sur 14) et la directrice !!! Nous ne pouvions pas monter en classe...

    Pour ce qui est de rester avec les enfants le soir, je connais bien... Le plus tard a été à 18h45 l'année dernière... Cette année c'est 18h30. Chez nous, les parents ont tendance à oublier leurs enfants après l'étude !!!

    Posté par Boune, dimanche 18 novembre 2007 à 11:36

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