jeudi 31 janvier 2008
Laïcité quand tu nous tiens
Discours de Nicolas Sarkozy au Vatican le 20 décembre dernier:
"Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance”
Citation de Jules Ferry:
Le législateur a eu pour premier objet de séparer l'école de l'église, d'assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer deux domaines trop longtemps confondus: celui des croyances qui sont personnelles et variables, et celui des connaissances qui sont communes et indispensables à tous de l'avis de tous.
Ces deux citations pour dire ce qui sépare un principe républicain d'une affirmation purement gratuite et peu fondée.
Comme enseignant je me suis senti profondément insulté par le discours de notre président.
Y avait-il ignorance de sa part, volonté de dresser les uns contre les autres, envie de faire un (bon) mot qui serait obligatoirement repris par les médias ou tout simplement calcul machiavélique tentant de promouvoir l'école privée et de préparer habilement l'opinion à des lois qui viendraient remettre en cause l'école publique. Nous en avons déjà eu un échantillon avec la loi obligeant les communes à financer les élèves partis à l'école privée dans une autre commune. Loi heureusement peu appliquée par tous les maires qu'ils soient de gauche ou de droite.
On parle ici de transmission des valeurs. Quelles valeurs doit transmettre l'école? Sont-ce celles inscrites sur leurs frontons: liberté, égalité et fraternité, c'est à dire les valeurs mêmes de la république ou celles véhiculées par la religion?
Je cite en vrac, l'obéissance absolue à la parole dite révélée d'un dieu unique (ou de plusieurs), l'acceptation de rites divers et variés éloignés de toute rationalité, la croyance en un monde meilleur après la mort pour peu que l'on accepte de souffrir et de rester à sa place sur cette terre, le maintien de la femme dans un statut inférieur, etc. Je vous laisse compléter la liste vous-mêmes.
Doit-on remplacer la devise de la République par libéralisme, inégalité et rivalité?
Notre président mesure-t-il à quel point l'école est la seule institution qui transmet encore certaines valeurs: goût de l'effort, développement de l'esprit critique, obéissance à des règles qui permettent le vivre ensemble, acceptation de la parole et de la différence de l'autre quelle qu'elle soit, respect des adultes. Je pourrais continuer la liste. S'il faut compter sur les religions et leurs représentants pour transmettre ces valeurs, il faudrait d'une part qu'elles ne soient pas en perte de vitesse comme elles le sont actuellement, je parle de la religion catholique dont la France serait la file aînée et qu'elles prônent les mêmes valeurs.
Le bien et le mal. De quoi parle-t-on aussi? Faudrait-il condamner à l'école les sept péchés capitaux comme dans la religion catholique, faire pénitence de ses péchés, justifier la lapidation des femmes adultères comme dans la religion musulmane, condamner ceux qui mangent du porc, inciter les enfants à se rendre au temple israëlite pour sabbat ou protestant, se prosterner devant les divinités indiennes, etc.
Je pensais que dans notre république dont Monsieur Sarkozy doit être le premier défenseur, il existait des lois qui régissaient la société. Ces lois ne sont-elles pas la résultante de tout ce que les hommes ont mis en place pour permettre une société harmonieuse. Ne serait-ce pas là la morale dont il est question. Et les enseignants ne sont-ils pas les mieux placés pour enseigner cela?
Quant au sacrifice de sa vie. Excusez-moi, si vous côtoyez des enseignants, vous verrez qu'ils y consacrent toute leur vie et toute leur énergie. Mais bien sûr ils ont aussi le droit d'être des hommes et femmes ,des citoyens épanouis. Va-t-on leur reprocher ou préférerait-on les voir célibataires comme les curés, ayant plusieurs épouses qu'ils seraient libres de répudier comme le peuvent les imams?
Pour le charisme de l'engagement, il en est de même. Pour accepter de passer ses journées enfermées dans un lieu clos avec une ribambelle de minots petits ou grands, qu'il faut éduquer et enseigner, il faut un certain courage, une notion de l'engagement et du service public que notre président semble ignorer. Certainement autant voir plus que pour assurer son ministère religieux.
Quand à notre espérance, nous avons foi, oui, mais foi en un monde plus civilisé, un monde meilleur, un monde plus humain, un monde dont les valeurs ne sont pas la réussite facile et l'argent roi. Un monde où la notoriété ne se mesure pas aux montres que l'on porte au poignet, aux moyens de transports que l'on emprunte, aux vacances que l'on passe ou aux nombres d'apparitions sur les couvertures de magazine. Un monde dans lequel le respect de chacun serait la qualité première de nos hommes politiques. Mais nous voulons ce monde ici sur terre et non dans un quelconque paradis promis dans l'au-delà. C'est à cette noble tâche que nous nous attelons quotidiennement pour former des êtres et des esprits qui sont notre avenir et celui de notre pays.
Nous faisons, comme le dit Mérieux, le pari de l'éducabilité pour tous.
Nous le faisons humblement, sans en tirer aucune gloire.
Au bout de quarante ans (merci monsieur Fillon), nous partirons sans que l'un de nos supérieurs ne pense seulement à nous dire au revoir et merci.
Vous comprendrez sans doutes ma colère.
Alors oui, je considère que nous pouvons, non pas remplacer le curé, le pasteur, l'imam ou le rabbin en ce qui concerne la pratique de leurs religions que je respecte sans les approuver mais de loin faire ce travail de transmission des valeurs et d'apprentissage des règles de vie en société au-delà de la morale religieuse.
Mais que chacun reste chez soi.
Ce qui est de l'ordre du privé doit rester privé et ce qui est de l'ordre du public doit rester public. C'est tout le sens de la loi de 1905. Nous avons bien compris que notre président voudrait en changer il faut savoir qu'il nous trouvera sur son chemin. Nous sommes les garants d'une "morale laïque"
lundi 28 janvier 2008
Evaluons.
Depuis trois ans maintenant, nous recevons de l'Education Nationale les résultats de nos anciens élèves aux évaluations de sixième accompagnés de tableaux permettant de comparer avec les résultats attendus, les résultats départementaux et les résultats nationaux.
Il s'agit bien entendu de moyenne d'école et cela ne permet pas de voir la composition même à l'intérieur d'une école. Pour cela nous disposons de JADE logiciel dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici.
Comment calcule-t-on un résultat attendu? Tout simplement en classant les élèves et leurs résultats par catégorie socioprofessionnelle des parents: les fameuses CSP. C'est possible car contrairement au premier degré qui refuse majoritairement le fichage en refusant l'installation du logiciel base élèves, le secondaire possède un instrument semblable depuis belle lurette. On en tire des moyennes départementales par catégorie : A: très favorisée, B: favorisée, C: moyenne et D: défavorisée. Il ne reste plus qu'à comparer avec la composition de sa propre population scolaire et à comparer avec les résultats obtenus.
C'est un assez bon outil qui peut nous aider dans notre travail. En effet, il nous donne d'abord une indication globale sur le niveau de l'école: au-dessus ou en dessous des résultats attendus et relativise les difficultés. Il peut nous être utile car décliné par item, il nous permet de voir nos faiblesses et d'y remédier.
Son utilisation peut aussi être ambiguë. Si par exemple, les moyens supplémentaires sont donnés en priorité aux écoles dont les résultats sont faibles et bien en dessous de ce que l'on pourrait attendre. Ce qui peut paraître injuste aux équipes qui donnent un maximum, obtiennent des résultats au delà de ce qui est attendu mais ne voient arriver aucun moyen considérant qu'ils se débrouillent bien tout seuls.
Autre utilisation qui pourrait s'avérer redoutable , le salaire au mérite disposerait là d'un outil performant. Alors qu'il peut exister beaucoup d'autres facteurs: la stabilité de l'équipe, l'expérience des enseignants, la stabilité des élèves, etc.
En ce qui nous concerne, nous sommes depuis trois ans, assez au-dessus de ce que l'on peut attendre et au dessus des moyennes départementales. Cela est encourageant, d'autant plus que l'idée qu'on se fait de nos difficultés pourraient nous inciter à penser le contraire.
Trois soucis tout de même. D'une part, nous sommes encore éloignés des moyennes nationales, ce qui prouve la spécificité de ce département. Cette année nous n'avons pas eu les moyennes obtenues en ZEP, ce qui est dommage car cela nous aurait sans doutes permis de constater que nous étions malgré nos relatifs bons résultats encore au-dessous des moyennes ZEP alors que nous ne le sommes pas.
D'autre part, nous ne disposons pas des résultats de ceux de nos élèves partis en privé. Pourtant sous contrat. Comme ceux-ci sont choisis sur dossier, vous pensez bien que leur réintégration dans les moyennes ne pourrait que la faire augmenter.
Enfin, quand on commence à parler de libérer la carte scolaire, vous imaginez ce que l'on pourrait faire de ces chiffres et la ghettoïsation qui en résulterait pour certaines écoles.
Quand va-t-on traiter tout le monde de la même façon? Le mot égalité figure pourtant, ou devrait figurer, au fronton des écoles.
vendredi 25 janvier 2008
Temps de travail des enseignants
Je n'ai pas l'habitude de faire du copier coller mais une fois n'est pas coutume.
Voici un texte qui remet quelques pendules à l'heure même si la situation n'est pas la même dans le secondaire que dans le primaire.
*A PROPOS DES ENSEIGNANTS de Laurent TARILLON, Enseignant de
sciences économiques et sociales, Grenoble.*
Vu sous cet angle....Il faut reconnaître que seule une révolution
pourrait changer les choses !!
Actuellement, le temps de travail d'un enseignant de Collège ou de Lycée
est de 18 heures par semaine (20 heures pour l'EPS). C'est, pour les
professeurs certifiés, le seul élément fixe et clair relatif au temps
de travail qui leur est demandé. Il a été fixé par un décret datant
de 1950.
Rendez-vous compte !
18 heures par semaine ! Quel salarié ne voudrait pas travailler
aussi peu pour d'aussi bons salaires ? Comment le législateur a-t-il pu
créer en 1950 un statut aussi avantageux ?
En fait, ce temps a été conçu en prévoyant qu'un enseignant
travaille 1,5 heures chez lui pour une heure devant élève afin de
préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser ses connaissances
dans sa discipline. Cela fait 18 fois 2,5 heures (1 devant les élèves et
1,5 à la maison), soit 45 heures hebdomadaires.
En effet, le temps de travail légal de l'époque s'il était légalement de
40 heures par semaine, était en réalité d'environ 42h par semaine, sur
50 semaines.
Mais que s'est-il passé depuis pour les enseignants ? Rien !
Alors que pour les autres salariés il y a eu la 3ème semaine de congés
payés en 1956, puis la 4ème en 1969. Les 40 heures réelles ont été
atteintes au début des années 70 (elles étaient un droit depuis 1936).
Mais ça n'est pas fini : il y a eu les 39 heures et la 5ème semaine en
1982, puis les 35 heures en 2000.
En somme, le temps de travail hebdomadaire pour les salariés a baissé de
25%. Mais les enseignants doivent toujours le même service.
C'est au moins un enseignant qui écrit cela, vous dîtes-vous en lecteur
éclairé ! Certes je l'avoue, je fais partie de ces privilégiés.
Car comment peut-on parler de temps de travail sans parler des vacances ?
Eh bien justement, le législateur a tout prévu et cela de deux façons :
D'abord, 45 heures dues quand les autres devaient 42, ça c'est pour les
petites vacances (Toussaint, Noël, Pâques). Donc notre temps de travail
était annualisé.
Mais, et les 2 mois d'été alors ?
Là, c'est un tout petit peu plus compliqué. Certains enseignants ne le
savent même pas d'ailleurs.
Cela se situe au niveau de la grille des salaires. Notre grille a été,
elle aussi, fixée en 1950 au même niveau que les autres cadres de la
fonction publique recrutés avec un concours au niveau Bac +3.
Mais à cette grille, il nous a été retiré 2 mois de salaires, puis
le résultat a été divisé par 12 (pour recevoir un salaire chaque mois).
Par exemple si un inspecteur des impôts est payé 2000 Euros par mois il
recevra 24000 Euros par an, alors que pour la même qualification, un
enseignant recevra aussi 2000 Euros par mois mais sur 10
mois, soit 20000 Euros par an. Cette somme est ensuite divisée par 12 et
donne 1667 Euros par mois.
Et oui, chers lecteurs, les enseignants ne sont pas payés pendant
les grandes vacances.
Oui bon d'accord, peut-être que nous ne sommes pas si privilégiés
que cela concernant le temps de travail.
Mais côté salaires, quand même, nous ne sommes pas à plaindre !
Soit, comparons :
Nous sommes nettement en dessous de la moyenne des cadres du privé comme
du public. Mais, à mes yeux, l'exemple le plus frappant de
la dégradation de la valeur que la nation accorde à ceux qui
éduquent ses enfants est le suivant : Le salaire de départ d'un
enseignant en 1970 était 2 fois supérieur au SMIC. Aujourd'hui, il n'est
plus que 1,2 fois plus élevé. Autrement dit, si comme le PS l'a écrit le
SMIC augmentera de 25% au cours des 5 ans à venir (et l'UMP l'a augmenté
au même rythme annuel dès cette année), un enseignant débutant gagnera
moins que le SMIC.
Faudra-t-il en arriver là pour que la société se rende compte de
la dégradation de notre situation ? Je n'évoquerais pas les conditions
de travail, l'évolution des élèves, les réunions multiples,. Alors oui,
le décret de 1950 est vieux ! Il est vraiment temps de le toiletter
comme le disent nos gouvernements !
Mais dans quel sens ?
En travaillant plus pour gagner autant ?
Laurent TARILLON, Enseignant de sciences économiques et sociales, Grenoble.
Merci de faire suivre aux enseignants et à ceux qui voient notre métier
comme le nec plus ultra ! VENEZ donc NOUS REMPLACER AU LIEU DE NOUS
CRITIQUER !
mercredi 23 janvier 2008
Inspection 2
Inspection
Voici venir la saison des inspections pour les (mes?) enseignants débutants deuxième année. T2 en langage administratif. Il ne leur manque plus qu'un matricule!!! Je vois ça d'ici. Un email courriel arrive (tout se passe par internet maintenant):
L'IEN inspectera le T2 7384B le 24/1 à 13 H !
Ca a de l'allure non ?
Auparavant, ils auront vu le ou la CP ( conseiller pédagogique). Une particularité locale semble t-il. Ce ne serait pas la règle commune.
Bien entendu, ils stressent énormément. Une fois pour la visite du conseiller et une deuxième fois pour l'inspection proprement dite. J'ai beau, avec mes collègues plus anciens, les rassurer, les assurer que ce n'est qu'une formalité, rien à faire.
Après tout en y réfléchissant, nous étions pareils au début de notre carrière. La seule différence était que nous ne connaissions pas la date de la visite de l'inspecteur. A l'époque, les inspections étaient des surprises et nous scrutions chaque matin le parking redoutant d'y voir le véhicule du dit inspecteur.
Fou de penser que la seule chose qui n'est pas évolué durant toutes ces années, plus de 35 ans en ce qui me concerne, c'est la forme de l'inspection mis à part le fait que les enseignants sont dorénavant prévenus quelques jours à l'avance.
Le fond reste le même.
Inspection individuelle alors qu'on nous demande de travailler en équipe. Les inspections à plusieurs sont prévues dans les textes mais tellement difficiles à organiser qu'en fait elles ne se pratiquent pratiquement pas.
Evaluation par notation alors qu'on nous demande pour les élèves de remplir des livrets de compétences.
Relativité de la note puisque l'inspecteur(trice) se doit de respecter une fourchette de notation sous peine d'être obligé de fournir un rapport circonstancié auprès de l'inspecteur d'Académie. Pour exemple, nos débutants devront se situer entre 10 et 12. Ce qui laisse peu de champ de manœuvre.
Pas de prise en compte de l'implication dans l'équipe puisque l'inspectrice(teur) ne s'appuie pas sur l'avis de la dite équipe ou du directeur. Même si cela existe ponctuellement: je peux en témoigner.
Une tranquillité assurée pour quelques années quelque soit le résultat de l'inspection puisque les inspecteurs n'ont matériellement pas le temps de revenir plusieurs fois chaque année mais qu'une fois tous les quatre-cinq ans. Heureusement qu'il existe peu de fumistes parmi nous. ( Aucun chez moi en tout cas).
Une infantilisation des enseignants qui essayent de faire plaisir à l'inspecteur(trice), quelquefois envoient ce jour-là les élèves plus difficiles dans une autre classe, minimisent les problèmes qu'ils rencontrent pour ne pas être mal jugés, se rendent compte subitement qu'ils doivent mettre à jour leur registre d'appel, cahier journal, affichage. Rangent leur classe en chantier depuis le début de l'année. Etc. Etc. Ces observations se basent sur le vécu rencontré depuis pas mal d'années.
Quels système pourrait-on mettre en place?
Il me semble que la seule réponse est celle d'une évaluation de l'équipe par l'équipe elle-même accompagnée du regard extérieur des conseillers pédagogiques et de l'inspecteur. Cela obligerait là ou cela n'existe pas à vraiment travailler ensemble, à mettre en cohérence le fonctionnement d'une école et à juger le travail de tous et non d'un individu l'un après l'autre.
Cela n'empêcherait pas la visite individuelle mais replacerait celle-ci dans un contexte plus général. Les difficultés d'enseignement d'une classe à l'autre ne sont jamais les mêmes quelque soient les précautions prises lors de la formation de ces classes. Une réunion commune de toute l'équipe avec l'inspecteur et les conseillers permettraient de se mettre d'accord sur un rapport d'inspection concernant toute l'école.
Quelques indicateurs pourraient compléter le dispositif. La différence entre les évaluations faites au cp puis au ce2 et enfin en 6ème en tenant compte de l'évolution de la population concernée à condition que ce ne soit qu'un outil parmi d'autres. La fréquence des accidents, des incidents, des remontées à l'inspection de parents d'élèves mécontents, etc Il y a certainement beaucoup de choses à inventer.
A condition qu'une réelle volonté de changement émerge. Ce qui ne semble pas être le cas quand on parle de payer les gens au mérite, de mesurer l'efficacité du travail personnel et de reconnaître les efforts consentis par chaque individu pris indépendamment.
Pour ceux qui ne l'auraient pas lu, j'avais déjà écrit sur ce sujet le 12 janvier 2006 voir dans les archives. http://danledir.canalblog.com/archives/2006/01/12/1219127.html
mardi 22 janvier 2008
Huit heures du mat, j'ai des frissons...
Merci à Jack
lundi 21 janvier 2008
Repartir sur de bonnes bases
Retour sur notre élève qui pour la seconde fois avait écrit des injures sur le tableau de la classe et avait refusé de le reconnaître en essayant au contraire d'accuser ses camarades . Nous avons l'enseignante et moi reçu le père. Il arriva à l'école en position revendicative, exigeant que l'on convoque d'autres enfants, ne mettant absolument pas en cause la version qu'avait du lui donner son enfant suite à mon coup de téléphone et au mot de l'enseignante figurant sur le cahier de correspondance.
Il voulut bien venir au bureau et écouter notre version des faits confirmée par sa fille présente. Effondré, il ne comprenait pas mais son attitude nous laissait entrevoir un déficit sérieux d'éducation. Cette première enfant qu'il avait eu certainement tardivement, à qui il avait sans doutes rarement su dire non semblait le mener par le bout du nez. Elle ne semblait d'ailleurs pas prendre très au sérieux cette histoire.
Après un dialogue assez long, ce papa fut persuadé qu'il convenait de prendre l'affaire au sérieux et de faire quelque chose. Je lui annonçais ce qui était prévu:un conseil des maîtres pour prendre une position collective de l'équipe, un conseil de remédiation le lendemain et des sanctions qui lui seront annoncées avant leur application et devront avoir son accord.
Le conseil des maîtres eut lieu et l'avis de la maîtresse qui l'avait eu les deux années précédentes confirma ce que nous pensions. De gros problèmes relationnels avec ses camarades et un goût prononcé pour les histoires et pour gâcher l'ambiance.
Un de nos jeunes enseignants nous fit part d'une expérience menée dans une école voisine: l'idée de refaire le parcours scolaire en passant un ou deux jours dans chaque classe. L'idée nous parut intéressante et elle fut adoptée et adaptée à la situation.
Le conseil de remédiation ne nous permit pas d'avoir davantage d'explications de la part de l'élève concernée. Son enseignante actuelle, celle des années passées ainsi qu'une personne extérieure à l'école intervinrent à tour de rôle essayant à la fois d'expliquer et de comprendre la gravité de son geste. Ses camarades délégués de classe firent preuve d'une grande maturité et lui dirent simplement ce que la classe en pensait. Le caractère un peu cérémonial de cette réunion ne parut pas l'intimider outre mesure.
Je lui annonçai la sanction choisie en expliquant bien son objectif: à la fois la réparation de son geste et devant l'empêcher de recommencer. Reprenant l'idée de refaire le parcours en essayant de rattraper ce qui n'avait pas été assimilé, je lui présentais donc le dispositif suivant: deux jours dans la maternelle du groupe scolaire, une journée et demie en cours préparatoire et une journée en cours élémentaire 1ère année. Elle devait dans chaque classe observer et raconter par écrit ce qu'elle voyait et qui permettait aux élèves d'apprendre à bien se comporter. Elle devait aussi durant cette semaine, répondre par écrit aux questions que ses camarades de classe lui avaient posées. Nous reprendrons ensuite le dialogue avec elle pour essayer de voir si il avait des progrès dans sa réflexion personnelle.
La sanction fut acceptée mais sans provoquer de réactions particulières.
jeudi 17 janvier 2008
En vrac
D'abord, l'élève de CE1 qui a fait déjà de multiples séjours dans mon bureau qui arrive avec un portable. Il prétend que sa mère lui a donné, puis a coupé la sonnerie pour qu'il ne se la fasse pas prendre. Je laisse un message sur le portable de la mère qui bien entendu ne me rappellera pas.
Ce sont ensuite deux élèves qui se sont battus en arrivant à l'école. Ce sera pour eux le tarif habituel: un petit texte à copier sur la violence et ses conséquences, ainsi que la marche à suivre pour ne pas en arriver là.
Pendant la récréation, je revois le premier élève qui malgré mes recommandations récentes a réussi l'exploit de bousculer violemment 5 élèves en l'espace de quelques secondes d'inattention de la maîtresse.
Puis ce fut l'arrivée dans mon bureau d'une cohorte d'enfants se plaignant du comportement et des provocations verbales et grossièretés de leur camarade.
Je la vis d'ailleurs, un peu plus tard, dans mon bureau. C'était celle là même dont nous attendions le père pour le soir afin de lui expliquer que sa fille écrivait des choses plutôt grossières sur le tableau de la classe puis essayait de faire accuser ses camarades.
Je croyais m'accorder quelques instants de pause pendant le repas en discutant sagement de choses et d'autres avec mes collègues. c'était sans compter sur deux élèves de CM2 qui en étaient venus aux mains. On vint donc me chercher la maîtresse de surveillance n'en venant pas à bout.
Ce fut ensuite l'arrivée d'une autre maîtresse de service outrée par le comportement d'un élève qui non content de ne pas lui obéir s'entêtait à lui répondre et à vouloir avoir raison envers et contre tout.
Pour finir, on m'amena deux élèves qui avaient réussi à casser la vitre d'une voiture en stationnement à proximité de l'école. Ils s'accusaient mutuellement bien entendu et il fallut du temps et toute la persuasion d'un tiers pour que le coupable veuille bien se dénoncer. Là aussi, coup de fil aux parents que je dus recevoir en fin d'après-midi. Prévoyants, ils vinrent avec l'attestation de leur assurance.
Beaucoup de temps donc pour recevoir tous ces élèves, les écouter les sermonner, dialoguer, leur expliquer, etc.
Pris individuellement et une fois la crise passée, ils furent tous à peu près capables de reconnaître leur erreurs, de s'excuser et de se montrer plutôt corrects.
Si vous avez vraiment peur de vous ennuyer dans votre métier, prenez donc une direction d'école!
mardi 8 janvier 2008
Survivre à l'école
Le titre d'un document illustré de notre collègue Jack dont je vous recommande le blog http://dangerecole.blogspot.com/
Cela pourrait être le titre de la chronique d'aujourd'hui. Autant, la journée d'hier a été relativement calme, autant celle d'aujourd'hui vit se succéder dans mon bureau des malade à soigner ( C'est pour quand l'infirmière?), des élèves bagarreurs à punir, des parents venus contester des factures de cantine, des collègues demandeurs de tout un tas de choses. Ce fut pareil au téléphone: d'innombrables appels de toutes sortes qui m'obligeaient à m'interrompre à tout moment.
Pendant le repas, je fus également interrompu pour régler une histoire de disparition d'un portefeuille, voir deux élèves qui se sont battus pour une histoire de ballon, puis pour intervenir dans la cantine pour y rétablir le calme indispensable à une bonne digestion.
Petit moment de bonheur: on m'envoya trois élèves à féliciter. C'est assez rare pour être remarqué.
A la fin de la journée, je fus content tout de même d'avoir réussi à remettre à jour la liste des élèves qui bénéficient des lectures d'histoire du midi, ceux qui profitent des séances de sport pendant l'étude et d'avoir expédié deux trois courriers en souffrance depuis un moment.
J'eux même un moment pour rechercher sur Internet les jurisprudences qui vont (peut-être) nous permettre de récupérer l'argent de la coopérative remis à la banque dans un guichet automatique et qui a disparu! A ce jour, tous les courriers que j'ai pu adressés à tous les responsables et médiateurs possibles n'ont pas réussi à faire changer d'avis la banque qui refuse absolument de reconnaître sa responsabilité et de nous recréditer le compte. Il y en a tout de même pour presque cinq cent euros... Si cela vous est déjà arrivé merci de me le faire savoir.
Pour finir la journée en beauté: encore une élève sortie en retard et oubliée par le centre de loisirs, mais cela s'est réglé assez vite et la visite d'une maman assez mécontente d'avoir récupéré son fils avec un jean fraîchement découpé aux ciseaux. Pourtant quand on voit le prix de ce genre de vêtements vendus déjà tout déchiré ou tailladé, on peut penser que son enfant lui a permis de faire quelques économies. Non ?
dimanche 6 janvier 2008
Voeux 2006 2007 2008
Voici le billet déja publié en 2006 et 2007 .
A part l'année, je n'ai pas grand chose à y changer.
Rêvons un peu puisque c'est l'époque des souhaits; puissions-nous avoir pour 2008:
Un ministre compétent, au fait des problèmes de l'école, qui ne confonde pas populisme et clientélisme avec sa charge de représentant du peuple. Voir les propos récents sur la méthode globale !
Une administration à l'écoute du terrain, chargée de soutenir, d'accompagner, d'aider les collègues qui eux sont au contact quotidien avec les élèves.
Des moyens humains en fonction des besoins réels et mesurés: aide-éducateurs, surveillants, maîtres supplémentaires, temps de concertation pour le travail en équipe. Ce n'est pas en déshabillant Pierre de ses vêtements de ZEP pour habiller Paul en Super ZEP qu'on règlera ce problème !
Des moyens matériels : Rappelons que l'école primaire dépend des communes, les collèges des départements et les lycées des régions. Si cette décentralisation permet une gestion plus proche du terrain , elle engendre aussi des inégalutés de traitement qu'il conviendrait de prendre en compte par une péréquation entre les différentes collectivités. D'autant plus, que les difficultés sont la plupart du temps plus importantes là ou les collectivités sont les plus pauvres.
La récente crise des banlieues en est une démonstration flagrante. Une ouverture de l'école sur le monde extérieur: nouvelles technologies (encore balbutiantes), accès aux ressources culturelles, voyages scolaires, etc. Un investissement de l'état : politique, moral et financier à hauteur des exigences d'un pays moderne. Arrêtons de clamer partout que l'école coûte (trop) cher.
Des collègues motivés et combattifs. Même si ce métier est usant, il n'en reste pas moins passionnant. Des syndicats ouverts sur la société actuelle, animés de la défense des personnels bien entendu mais aussi de l'intérêt des élèves. Des parents attentifs, accompagnant leurs enfants dans leur scolarité et prenant toute leur place dans l'école. Des élèves heureux de venir à l'école et curieux d'apprendre.
Et pour finir, la prise en compte du travail du directeur !
Qu'ai-je à y changer? Pas grand chose! Rien de ce que je souhaitais n'a vu le jour. A contrario, la situation semble s'être dégradée davantage. Au rayon des nouveautés de l'année écoulée:
*les stages filés qui désorganisent les écoles et ne sont guère des espaces de formation.
*L'institutionnalisation des personnels spécialisés du RASED simultanément en stage et sur le terrain, c'est à dire moitié moins présents et donc moitié moins efficaces.
*Les effectifs en hausse: une trentaine d'élèves en plus et pas d'ouverture de classe
*L'absence de moyens de remplacement pour les congés de maladie depuis la rentrée et donc l'obligation de mobiliser parents et enseignants pour obtenir sur quelques congés plus longs de se mobiliser pour obtenir ce qui devrait être un dû. Suite à ces luttes, un taux de remplacement de seulement 25 % !
*La baisse des stages de formation continuée pour les enseignants.
Le seul point positif est le recrutement d'un contrat avenir pour aider le directeur dans ses multiples tâches. Et encore cela fonctionne bien pour notre école mais beaucoup moins bien dans d'autres cas.
Toutes les autres améliorations que l'on pourrait comptabiliser sont dues essentiellement à l'investisement et à la mobilisation des personnels de d'école. Merci à eux.
Reste à souhaiter que cette années électorale verra les promesses des candidat(e)s prendre corps dès qu'ils(elles) auront été élu(e)s..

