mardi 26 février 2008
EDUQUONS, c'est une insulte ?
Après le coup de boule de Zidane, héros footbalistique auprès de nos élèves, voilà au vu et sus de tous, les écarts langagistiques de notre président lui-même. De quoi animer les cours de récréation...
Quel modèle!
D'un côté ce qui est demandé aux enfants: le retour aux valeurs , à l'occasion défendues par le curé, la prise en charge de la mémoire d'enfants morts en déportation, la lecture de la lettre de Guy Môquet, le respect du aux emblèmes de la nation.
De l'autre le premier personnage de l'état, celui censé nous représenter tous, qu'on ait ou pas voté pour lui, se laissant aller à des propos grossiers devant les caméras, récidivant le coup d'éclat auprès des pêcheurs.
Merci monsieur le président.
Nous n'aurons plus dans nos services de récréation à réprimander, voire punir, les élèves auteurs de grossièretés envers leurs camarades. Juste une petite remarque positive qui leur permettra de se rêver un avenir tout tracé: " Toi, un jour, tu seras président de la République" !
Pour ceux qui frappaient leurs camarades, nous pouvions déjà dire: "Toi, tu seras certainement un très bon footballeur!"
Nous voilà tranquille pour surveiller les récrés. Les collègues vont apprécier.
Au fait, le visiteur du salon agressé par M. Sarkozy, n'aurait pas pu lui répondre par un coup de boule ?
mercredi 20 février 2008
Adopter un enfant juif mort !
( Je sais, il ne l'a pas dit comme cela, mais c'est tout de même une réalité.)
Quelle mouche morbide a donc piqué notre président?
A-t-il vraiment pensé que c'était une bonne idée?
Réfléchit-il quelques secondes avant de proférer ce genre d'inepties?
A-t-il seulement pensé à en parler à des proches -Simone Weil par exemple- pour tester leurs réactions?
A-t-il envisagé que d'autres pouvaient réclamer qu'on s'occupe aussi de leurs victimes? Les familles des Harkis, des Algériens torturés, de nos anciens colonisés, des Vietnamiens qu'on appelait à l'époque Indochinois, des Arméniens, des Rwandais, des Protestants, etc..
Il n'est pas dans mon propos de mettre l'ampleur de la shoah sur le même plan que toutes ces atrocités. Mais justement. Il me semble que son enseignement est est déjà présent dans les programmes et pas seulement de l'école primaire. Age où les enfants sont fragiles, s'identifient facilement. Au moins la lettre de Guy Moquet était proposée à la lecture des lycéens et non aux écoliers.
Il nous faut quitter le compationnel pour entrer dans le domaine de l'histoire. C'est à cette seule exigence que nous formerons des élèves capable d'une part de se rappeler mais d'autre part de réfléchir.
Je fais suffisament confiance à l'intelligence des enseignants pour traiter ce sujet d'une autre manière malgré les injonctions présidentielles.
Notons qu'il est admirable de voir les contorsions diplomatiques de notre ministre pour repeindre les propos tenus et éteindre les incendies allumés à cette occasion.
Si notre président est à court d'inspiration, je lui propose les devoirs de mémoire suivants à proposer dans les prochains dîners qu'il va fréquenter :Avec Nicolat Hulot, il proposerait que les enfants de maternelle adoptent un arbre mort de la forêt brésilienne ou indonésienne que nous détruisons allégrement. Avec Brigitte Bardot, il annoncerait que les élèves de cours préparatoire se verraient confier l'histoire de s'occuper d'un bébé phoque assassiné. Je vous laisse trouver d'autres exemples.
vendredi 15 février 2008
Evaluations pièges à ...
Première étape: J'en ai parlé ici, des synthèses avec le réseau d'aide, c'est à dire des réunions avec l'enseignant de la classe ( classe qu'il faut faire garder pendant ce temps si l'on dispose d'une personne, sinon il faut répartir les gaminous), les membres du réseau d'aide: psychologue (qui se partage entre plusieurs écoles), maître G sur "seulement" deux écoles et deux maîtres E sur les trois écoles du groupe plus le directeur.
Cela prend un certain temps. Nous parlons bien entendu des seuls élèves en difficultés. Cette année, la cuvée est particulièrement remarquable. Est-ce une tendance? Espérons que non. Ohé les collègues, vous avez le même sentiment ou c'est juste chez nous?
Au sortir de ces trois synthèses uniquement pour les cp, voilà tout un programme tracé. De nombreuses prises en charge par le réseau, autant de sollicitations pour les parents à prendre rendez-vous de touite urgence avec le CMPP du coin et une grande lassitude devant cette foultitude de problèmes. (Je sais, c'est osé mais depuis Ségolène et la bravitude, on peut se permettre).
D'ailleurs de la bravitude, il nous en faudrait un sacré paquet pour affronter l'augmentation en croissance exponentielle du nombre d'élèves en grandes difficultés. Le pluriel est mis exprès!
Deuxième étape : Nos enseignants de cp sont convoqués à une réunion sur le temps de travail. Petite parenthèse: comment faire pou garder trois classes quand nos collègues ont déjà accueilli dans leurs classes des élèves d'enseignants malades non remplacés: on se débrouille pour préparer des évaluations qu'il faudra faire passer sans délais.
Troisième étape: Nos enseignants concernés se rebiffent ( lemot est faible mais il faut raison garder). Pourquoi de nouvelles évaluations alors qu'à cette époque-ci de l'année, ils connaissent parfaitement leurs élèves et leurs difficultés, que les synthèses ont eu lieu et le travail de reédiation commencé? Il eut fallu les proposer en fin de grande section ou en tout début de cp. Pourquoi arrêter le prises en charge qui viennent juste de commencer pour embaucher les membres du réseau et même le directeur pour faire passer ces évaluations. Il faut compter plus de trente minutes par élève en passation individuelle sans compter les passations collectives. Quand on a sur le groupe six classes de vingt-cinq vous voyez bien le temps qu'il va falloir y consacrer.
Si encore, il s'agissait de définir des besoins et d'obtenir les moyens corrrespondants, par exemple: maître supplémentaire, personnel de réeau adapté aux besoins, etc.( Je rêve un peu) ils seraient tout à fait prêts à jouer le jeu. Mais il n'est malheureusement pas question de ça du tout. Après ces évaluations, nous nous retrouverons dans la même situation. Etant nous-mêmes notre propre recours comme on se plait à nous dire.
Alors merci, c'est déjà ce que l'on fait et il n'y a pas de temps à perdre. Les collègues se sont donc groupés pour refuser de faire ce travail supplémentaire qui ne peut que les gêner dans leur progression.
Dernière minute: il semblerait qu'il n'y ait que notre circonscription qui propose ces évaluations. Nous ne méritons pas cet honneur.
samedi 9 février 2008
Familles éclatées
Nous en avons beaucoup de ces familles éclatées, décomposées et recomposées. Beaucoup également de familles monoparentales. Il est rare que cela n'est pas laissé de trace sur leurs gamins.
Généralement, ces enfants sont souvent en opposition avec les règles. C'est sans doutes leur façon à eux de montrer qu'ils supportent mal ces situations.
Quand j'ai commencé à travailler au début des années soixante-dix, cela était très rare. Il semble que ce soit maintenant devenu la norme. Plus d ela moitié de mes élèves sont dans cette situation.
Situation qui peut prendre plusieurs formes. La maman seule abandonnée dès la naissance de son enfant. Les parents séparés ayant refait leur vie mais défait celle de leur progéniture. Des parents qu ont une garde alternée mais qui se déchirent à chaque fois en prenant leur enfant à témoin. Les mamans qui acceptent que le père de leurs enfants aient deux vies, deux femmes et ne soient présents qu'à mi-temps. Des pères disparus, n'ayant jamais existé ou essayant de récupérer leur enfant pour l'emmener au pays. Des pères existant mais pour qui il est plus important d'emmener leur petit au match de foot que de venir à l'école rencontrer l'enseignant. Des pères en prison pour plus ou moins longtemps.
J'ai heureusement quelques exemples pour lesquels cela se passe plutôt bien. Les enfants sont épanouis et vivent bien cette situation. Il s'agit en général de familles socialement plus favorisées.
En général, nous essayons les collègues et moi, si cela est possible de mobiliser le père autour des enjeux et des réussites scolaires en les impliquant dans le suivi de la scolarité, ça marche plutôt bien si on arrive à toucher une corde sensible: image paternelle remise en cause, fierté blessée, appel à la responsabilité.
Cela peut être quelquefois suivi d'effets spectaculaires quant aux résultats et au comportement de leurs enfants.
Aujourd'hui, ce fut, (pendant nos heures supplémentaires non encore rétribuées), c'est à dire après la sortie, l'accueil d'abord du père puis à sa demande de la mère. Le dialogue ne fut pas très chaleureux. Heureusement, j'avais installé l'enseignant entre la mère et le père, position qui pouvait s'avérer dangereuse mais qui permit de mettre une barrière entre eux. Il fut difficile de ne pas se laisser entraîner sur le chemin de leurs différends pour en rester strictement sur l'étude de ce qu'il convenait de faire pour améliorer les résultats tant scolaires que comportementaux de leur fils. La menace d'un signalement pour enfant en danger éducatif permit de délimiter le problème et de faire accepter par les deux parents la nécessité d'un véritable suivi de leur part et l'invitation à avoir recours à une prise en charge extérieure de type thérapeutique. Il était temps d'arrêter cette partie de ping-pong en se renvoyant mutuellement la faute mais d'agir pour éviter un envenimement de la situation.
Une heure et demie d'échanges pour nous l'espérons un changement dans l'attitude de cet élève. IL faut y croire.
vendredi 8 février 2008
L'imagination au pouvoir
Sans limites chez les élèves pour se dédouaner de leurs bêtises.
Ce midi, le surveillant de cantine, pardon : l'animateur de la restauration scolaire, vient me donner un mot qu'une élève de cm2 montrait à ses copines.
Je ne vous en livrerai pas la teneur exacte mais sachez que cet enfant possède un champ lexical assez large dans le domaine de la langue verte. Toutes les injures entendues ici ou là y figurent. En revanche, une orthographe pratiquement irréprochable et des accords respectés. Il faut bien positiver.
La petite commença par me dire que son nom figurait bien sur la feuille mais que ce n'était pas elle qui avait écrit.
Après une comparaison rapide avec son écriture habituelle il apparut assez vite qu'elle était bien l'auteur(e)de ce charmant billet.
Ca devint intéressant quand elle nous livra son explication:
Des élèves plus âgés lui parlant depuis le trottoir l'auraient obligée à écrire ces insultes sous la dictée en la menaçant de venir l'attendre à la sortie le soir pour récupérer le papier qui devait être rempli correctement, non sans avoir auparavant fait éloigner les camarades qui jouaient avec elle et qui d'ailleurs pouvaient en témoigner.( Si ça vous tente, une analyse grammaticale de cette phrase?)
Les camarades interrogés réfutèrent cette version abracadabrantesque en bloc.
Cela n'empêcha pas notre élève de la maintenir envers et contre tout.
Jusqu'à l'heure de la sortie ou elle fut bien obligée d'admettre que personne ne l'attendait et que cette histoire était inventée de toutes pièces.
L'explication suivante parait plus plausible mais on ne sait jamais. Il s'agirait d'un concours d'insultes qui aurait été fait à la maison avec des enfants plus âgés que sa grand-mère garde!
Voici une future carrière de scénariste qui s'annonce bien.
Ce métier nous réserve chaque jour son lot de nouveautés et de surprises...
mardi 5 février 2008
Histoire banale ?
Cours en salle informatique. Eh oui, nous préparons le B2i, brevet informatique et internet. Vous savez, ça fait parties des compétences de base:le socle commun. Lire, écrire, compter et cliquer.
Une clé USB appartenant à un enseignant est restée sur un des ordinateurs. L'un des élèves à son instit fait croire que c'est la sienne et la confie à un copain qui devra lui remettre à la sortie.
Le maître se rendant compte de la disparition de sa clef, se rend dans la classe concernée et récupère la dite clé toute droit sortie de la poche du copain complaisant.
Fin de l'histoire.
Pour obtenir cette version que j'espère définitive, il aura fallu quelques moments passés à interroger les protagonistes. Le "voleur", appelons les choses par leurs noms, s'empressant d'accusant son camarade.
Le "receleur", lui , reconnait après discussion qu'il savait que la clé n'appartenait pas à son camarade et donc que c'était du vol.
Comme à l'accoutumée, je leur explique les procédures de signalement sachant que jusqu'à présent ce type d'incidents se traite plutôt en interne Je remplis donc les signalement, l'un pour vol, l'autre pour recel, et leur indique qu'ils resteront dans leurs dossiers et seront détruits à la fin de l'année sauf en cas de récidive. JKe les préviens aussi que je vais bien sûr en informer leurs parents et les rencontrer. Nous déciderons ensuite avec l'enseignant de la classe des sanctions à prendre.
Fin du deuxième épisode.
Je reçus quelques jours plus tard la maman de celui qui avait empoché la clé. Elle me raconta horrifiée que les parents de l'autre garçon l'avaient appelée tour à tour ( ils sont séparés): la mère pour l'insulter, l'accusant d'avoir un fils qui dénonce ses camarades -ce qui était d'ailleurs faux- le père pour interroger son fils de façon pour le moins singulière .
Elle n'envisageait pas de porter plainte car elle avait me dit-elle peur de ces gens.
Fin du troisième épisode.
A ce jour, j'ai laissé un nouveau message téléphonique pour rencontrer les parents concernés. J'attends depuis maintenant quatre jours la réponse.
A suivre...
samedi 2 février 2008
Gifle, médiatisation, médiation et remédiation
De ce fait divers récent, aux réactions disproportionnées, que peut-on en dire? Bien évidemment les élèves n'ont pas à insulter leur professeur. Bien entendu, les professeurs n'ont pas à utiliser de châtiment corporel quel qu'il soit.
Quel est la part de la formation consacrée à réagir face à ce type de problème, Aucune. Quelle est l'écoute de l'administration quant aux souffrances de certains professeurs confrontés quotidiennement à ce type de réactions de la part d'élèves? Très insuffisante.
J'ai actuellement dans mon école quelques cas d'enfants extrêmement difficiles pour lesquels ce type de passage à l'acte pourrait malheureusement s'effectuer. Nous n'avons aucune aide supplémentaire depuis le début de l'année. Tout juste devrait-on voir arriver une personne, actuellement en précarité, en contrat aidé sans aucune formation pour travailler dans une école. Nous l'attendons depuis début novembre, l'inspection académique et l'A.N.P.E se renvoyant la balle.
Nous n'avons pas non plus les postes qui permettraient d'avoir des classes moins chargées et de mieux faire face aux difficultés. Il va falloir encore nous mobiliser pour obtenir pour l'an prochain le poste indispensable pour faire face à l'augmentation du nombre d'élèves.
Dans les collèges et lycées professionnels les moyens sont largement insuffisants en terme de surveillant et CPE.
En équipe pédagogique, nous avons réfléchi à mettre en place un protocole pour éviter d'en arriver à un stade ou obligatoirement les choses peuvent basculer et entraîner des réactions disproportionnées d'un côté comme de l'autre.
Les enfants reconnus difficiles sont mis sous contrat de comportement et sont envoyés dans la classe de leur tuteur en cas de problème. Il ne s'agit pas d'une sanction mais d'un éloignement temporaire qui permet à la classe de retrouver sa sérénité et qui permet de dégonfler les conflits et de prendre du recul.
L'élève exclu n'est pas accueilli par son tuteur comme un "puni" mais comme un élève dont il a la charge, qu'il doit entendre et avec qui il aura un dialogue permettant de faire comprendre à l'enfant pourquoi il en est arrivé là.
Ce dispositif fonctionne plutôt bien. Il nous a permis de finir l'année dernière sans avoir eu à déplorer de graves incidents alors que nous avions à gérer un nombre important d'élèves hautement perturbateurs. Pour ceux que cela intéresse, reportez-vous aux chroniques de l'époque.
Il nous permet cette année de régler quelques situations difficiles et de faire progresser ces élèves.
Pour finir, j'ai le souvenir d'une collègue, il y a déjà un bon moment, qui s'était permise d'insulter, d'humilier et de frapper un élève en public devant toute la classe et qui n'a jamais été inquiétée malgré la plainte déposée par la mère.
Malheureusement l'enfant n'avait pas un père gendarme.
En ce qui me concerne, il m'est arrivé très rarement (deux fois) de donner une claque à un élève au tout début de ma carrière. Il s'agissait à chaque fois de gifle-réflexe répondant à une insulte d'un élève se trouvant très proche de moi. Je l'ai bien sûr regretté. Je ne l'aurais pas donnée si j'avais été plus expérimenté et si j'avais eu à faire quelques pas pour m'approcher de l'élève. Je ne les aurais sans doutes pas données si j'avais eu au cours de ma formation à réfléchir et à anticiper sur ce genre d'incident auxquels je n'étais absolument pas préparé.
Pour la petite histoire, cela n'a pas empêché l'une des élèves concernées de devenir professeur.
Je soutiens tout à fait ce collègue et comprend tout à fait ce qu'il doit ressentir. J'espère que son administration, ses supérieurs hiérarchiques le soutiennent complètement.
Pour une fois, notre ministre a eu une bonne réaction. Reconnaissons-le, c'est si rare.